Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 octobre 2020 – Sainte Marguerite d’Youville – Matthieu 25,31-40
Marguerite d’Youville, quelle femme ? J’ai noté de petites phrases dans le livret de célébration que j’utilise présentement.
« Après la mort de son mari qui lui avait brisé le cœur par une vie scandaleuse, elle doit régler sa succession et défendre ses droits, tout en travaillant pour faire vivre sa famille. Elle soulage la détresse des pauvres, des prisonniers et des malades qu’elle visite, et mendie pour faire inhumer les criminels. »
« Pour subvenir aux besoins de l’hôpital, elle met à profit ses dons pour le commerce et les affaires et multiplie les industries : travaux d’aiguille, confection de vêtement, de pavillons de guerre, d’habits pour les Indiens, d’hosties et de bougies. Elle se livre aussi au commerce : brasserie (c’est surprenant), tabac, chaux, pierre à bâtir, sable. L’hôpital accueille toutes les misères : pauvres, épileptiques, lépreux, femmes picotées, prostituées, prêtres malades. Pendant les guerres qui ont précédé et suivi de la Conquête, sa porte est ouverte aux prisonniers, aux malades, et aux blessés français ou anglais. »
Dernière phrase que j’ai retenue. « Sa charité universelle a si bien su s’adapter à toutes les détresses qu’on disait : « Allez chez les Sœurs Grises, elles ne refusent rien ! »
En méditant la Parole de Dieu que nous venons d’écouter, nous pouvons mieux saisir comment Sainte Marie-Marguerite d’Youville et les personnes qui se laissent inspirer par elles rendent présent, palpable et concret l’amour de Dieu.
Tellement belle la première lecture que nous avons écoutée tantôt ! Je ne connais pas de poèmes ou de chansons qui traduisent aussi bien l’amour que ce beau texte de saint Paul avec un seul message, l’amour : « Une voie supérieure à toutes les autres »… « l’amour qui ne passera jamais ». L’amour du Christ qui donne la paix, la force du pardon, la générosité, la sagesse, la force dans les épreuves, la lumière lorsqu’on ne sait plus quel chemin prendre. L’amour du Christ ne passera jamais, il prendra les couleurs de l’éternité pour ceux et celles qui ont su le traduire dans leur vie, comme sainte Marguerite d’Youville.
Saint Mathieu, dans une des plus belles pages de l’Évangile, nous révèle quels sont ceux et celles qui ont part au Royaume de Dieu, quels sont ceux et celles qui sont bénis de Dieu, quels sont ceux et celles qu’il reconnaît comme les siens qu’il aime jusqu’au point de leur donner en héritage le Royaume préparé pour eux depuis la création du monde. Ce sont ceux et celles qui donnent à manger à ceux et celles qui ont faim, à boire à ceux et celles qui ont soif, ceux et celles qui habillent les sans vêtement, qui visitent les malades, les prisonniers. C’est dans les pauvres que Dieu se laisse aimer. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », nous dit Jésus.
Dans notre Eucharistie ce matin, le Seigneur se donne à chacun et à chacune de nous, par amour. Que notre Eucharistie soit encore le signe du pain partagé avec l’inconnu, avec l’étranger, le frère ou la sœur qui a faim de pain et d’amitié, de présence et de réconfort, de paix et de miséricorde. Alors nous pourrons confesser du fond du cœur que l’amour de Dieu est éternel et qu’il ne cesse de se manifester concrètement par nous et autour de nous.
