Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 novembre 2020 – Luc18,35-43
Il y a comme un petit lien de parenté entre la première lecture et l’évangile. Saint Jean disait de l’église d’Éphèse : « Tu ne manques pas de persévérance, et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager te peine ». C’est exactement ce qu’on voit chez l’aveugle de l’évangile, un aveugle persévérant.
L’aveugle est assis au bord du chemin ; il n’a pas d’horizon, pas de perspective. Il est aveugle, on ne peut pas s’y tromper, mais il est loin d’être sourd. Il entend une foule passer ; il demande ce qui se passe et on lui apprend que c’est Jésus qui passe par là. Il a peut-être déjà entendu parler de Jésus et « il s’écria : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! » Il ne se laisse pas intimider par ceux qui essaient de lui enlever la parole. On a même l’impression qu’il n’entend pas la foule qui fait appel à un peu plus de discrétion. Il n’entend que Jésus et il sera entendu de Jésus. Il me semble que cette persévérance de l’aveugle est toujours à retenir pour nous. Il n’entendait que le Seigneur et celui-ci l’a entendu.
Vraiment persévérant l’aveugle ! Apprenant que c’est Jésus qui passe, il crie : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi. » On essaie de le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi. » C’est presque le « Kyrie eleison » que nous exprimons dès le début de l’Eucharistie. Et une fois qu’il est devant Jésus qui lui demande ce qu’il veut, il répond : « Seigneur, que je retrouve la vue ! »
Contrairement à son habitude, Jésus ne s’approche pas de l’aveugle, mais il « s’arrête, et il ordonna qu’on le lui amène ». Et la foule qui voulait l’arrêter au début, c’est elle qui à la demande de Jésus aide l’aveugle à s’approcher de celui qui est reconnu « Fils de David ». Avant même d’exprimer sa demande profonde, son besoin d’être guéri, il reconnaît Jésus comme son Seigneur. Sa foi l’a fait voir avant même que ses yeux ne soient ouverts. Jésus lui-même le reconnaît, le confirme : « Ta foi t’a sauvé ». N’est-ce pas ce que Jésus ne cesse de nous demander ? Amener les gens à croire, aider ceux qui ont une demande à faire au Seigneur à s’approcher pour lui faire part de leurs besoins, de leurs misères.
Il y a une grosse question, même une question étonnante qu’il faut se poser après cet évangile. On a remarqué qu’il n’y a rien qui n’arrête l’aveugle, ni sa cécité, ni la foule qui cherche à le faire taire, ni la distance qui le sépare de Jésus ; par trois fois, il crie « Kyrie éleison ». Nous arrive-t-il de priver le Seigneur de notre parole, de nos cris, du don de nos blessures et de nos angoisses ? N’est-il pas vrai que si on le faisait, ce serait un acte de confiance en Dieu sans cesse renouvelée ? Comme l’aveugle assis à la porte de Jéricho, oserons-nous exprimer notre cri au Seigneur ?
