Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 février 2020 – 6e dimanche ordinaire – Matthieu 5,17-37
« Est qu’il y a quelqu’un parmi vous qui se sentirait capable de résumer l’évangile qu’on vient juste d’entendre? » J’ai l’impression qu’il n’y aurait pas beaucoup de candidats. Pourtant, Jésus nous parle de notre soif de bonheur, et s’il y a quelque chose d’important pour nous, c’est bien le bonheur. Il veut nous dire comment on peut être heureux avec les autres : nos frères, nos amis, nos parents, notre conjoint, les enfants.
Qu’on ait un peu de mal à comprendre Jésus, c’est un petit peu normal. Il nous parle le langage de son époque et je ne suis pas certain qu’on soit à l’aise avec ça. Par exemple, il nous dit qu’il est venu accomplir la loi et les prophètes et il ajoute : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi ».
Aujourd’hui, Jésus nous donne cinq clés pour trouver le bonheur, pour arriver à être heureux avec les autres.
Première clé du bonheur. Jésus nous demande de ne pas tuer, ne pas haïr, ne pas insulter, ne pas maudire notre prochain. Si on traduit ces mots d’une manière plus positive, on peut dire qu’il nous demande d’aimer notre prochain, de le respecter, de l’accepter, de lui souhaiter du bien et même plus, de nous réjouir de son existence.
Deuxième clé du bonheur : pardonner. « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi […] va d’abord te réconcilier avec ton frère ». On pense souvent que le pardon va faire du bien à l’autre, à celui ou celle qui nous a offensés, mais c’est à nous d’abord que le pardon fait du bien. Quand on pardonne, on refuse de se replier sur nous-mêmes ou de ne penser qu’à ses blessures. Quand on pardonne, ça signifie qu’on tourne la page, qu’on dit « non » à la vengeance. Avant de libérer l’autre, c’est nous que le pardon vient libérer, nous guérir et rendre possible un avenir nouveau, une nouvelle relation de qualité.
Troisième clé du bonheur : savoir garder ses distances. « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Jésus nous demande de regarder les femmes de façon chaste, c’est-à-dire de les regarder d’abord comme des personnes et non pas comme des objets à posséder. Jésus nous parle des femmes, mais nous devons reconnaître qu’il y a bien d’autres personnes qu’on peut regarder comme des objets à posséder, pensons aux abus de pouvoir, aux enfants abusés, pensons aux personnes vivant en situation d’esclavage, etc… etc.
Quatrième clé du bonheur : la confiance. « Eh bien, moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied. » Jésus nous demande en tout de faire la vérité. Quand nous avons confiance en l’autre et quand l’autre a confiance en nous, nous n’avons pas besoin de prouver qu’on est honnête, de lui mentir, de le manipuler, d’arranger la vérité à notre goût.
Cinquième clé du bonheur, être responsable. « Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Il s’agit donc d’être responsable de nos maux, de notre comportement, de nos paroles ; il s’agit d’être authentique dans notre foi, d’assumer nos décisions, nos choix. Nous pouvons être authentiques, être ce que nous sommes vraiment comme Jésus l’a toujours été. Il a toujours été vrai, sans cacher la vérité. Être responsable c’est aussi accepter de toujours commencer, de ne jamais désespérer.
Nous avons ainsi les cinq clés pour avoir une bonne relation avec les autres et être heureux avec eux : les aimer, pardonner, apprendre à les regarder comme des personnes, faire confiance et être authentiques ou responsables.
Ces clés du bonheur, on les trouve toutes en Jésus. Il a aimé, il a pardonné au-delà de ce qui paraissait raisonnable, il a su regarder les autres, même les plus rejetés comme des personnes, il a passé sa vie à faire confiance, il a toujours été authentique dans ses paroles, ses comportements et ses gestes.
Nous sommes appelés à suivre Jésus qui a tout fait pour nous, jusqu’à nous donner le meilleur de lui-même et sa propre vie. En réalité, nous n’avons qu’une seule chose à faire : l’inviter dans nos relations avec les autres, il est un bon médecin qui peut guérir nos cœurs et les rendre heureux par la puissance de son Esprit.
