Mgr J-C. Dufour-15 septembre 2019-24e dimanche ordinaire «C» Luc15,1-32

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 15 Septembre 2019 -24e dimanche ordinaire  «C» ( Luc 15,1-32 )

Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine IV

 

 

 

Une jeune maman m’a raconté un jour que son petit gars de 4 ans lui racontait tout : bons et mauvais coups. Elle ajouta : « Je pense qu’il réalisait que je ne pouvais pas la punir dans ce temps-là. »
Moi, je pense qu’il savait très bien que sa mère l’aimait beaucoup. Je pense que c’est proche de l’évangile d’aujourd’hui, un évangile qu’on a entendu des centaines de fois mais qu’on a surtout besoin d’accueillir.
Comprenons-nous bien le pardon de Dieu?
Jusqu’à quel point croyons-nous au pardon des péchés?

 

La plupart du temps, quand on écoute cette parabole de l’Évangile, on accorde toute notre attention au plus jeune des fils qui a gaspillé sa fortune; on oublie le fils aîné qui est en colère et refuse d’entrer dans la maison. On a tout intérêt à contempler le père de la parabole qui nous éclaire profondément sur notre Dieu.

 

Des personnes rongées par le scrupule ne parviennent pas vraiment à croire au pardon gratuit de Dieu : pour elles Dieu est exigeant et il faut acheter ses bonnes grâces.
D’autres se réfèrent encore à un Dieu sévère, qui rumine une vengeance : pour elles, il faut passer sa vie à apaiser la colère de Dieu.
D’autres se font l’image d’un Dieu lointain, inaccessible, insensible à nos souffrances, qui se contente de nous regarder du haut de son ciel.
Un jour qu’on accueillait les petits enfants pour leur premier pardon, j’entendis un papa dire à sa petite fille : « Tu vois la grosse boîte noire en arrière, c’est là que tu vas aller. » Vraiment, rien de rassurant pour la petite!

 

Le Dieu qui nous est révélé aujourd’hui n’a rien à voir avec ces images. Dans la 1ière lecture, on voyait que Dieu s’est laissé toucher par la prière de Moïse et fait miséricorde.
C’est en regardant Jésus qu’on découvre le vrai visage de Dieu.

 

N’est-il pas extraordinaire de découvrir le visage de ce Dieu qui fait la fête lorsqu’un pécheur se convertit.
C’est un renversement incroyable : voir le pardon comme une fête, fête pour celui qui est pardonné et fête surtout pour celui qui pardonne.
On est bien loin d’un Dieu sévère, austère et bougon.
Le pardon réjouit le cœur de Dieu. C’est comme ça que les petits enfants célèbrent leur premier pardon : ils se présentent avec le sourire et repartent avec un plus grand sourire encore.

 

N’est-il pas encourageant de constater que Dieu est comme ce père qui espère toujours le retour de son fils, qu’il ne se contente pas des 99 justes mais qui part à la recherche de la brebis perdue comme un berger, qui ressemble à cette femme qui recherche la pièce de monnaie égarée?
Dans la 2e lecture, c’est ce que saint Paul nous raconte. Il ne voulait rien savoir du Dieu de Jésus-Christ et même il le persécutait, mais sa rencontre sur le chemin de Damas l’a bouleversé au plus haut point, le pardon de Dieu l’a transformé au point de devenir un témoin de la patience de Dieu.

 

N’est-il pas stimulant de voir un Dieu qui offre toujours son pardon, gratuitement!
Pas de place pour un échange!
Pas de place au chantage « si tu me donnes tout, je te pardonnerai. » Un pardon inconditionnel, sans menaces, sans exigences et sans réprimandes.

 

« J’ai péché, je ne mérite plus d’être appelé ton fils » dit le jeune homme de Évangile. Il ne connaît pas encore son Père!
Même chose pour le plus vieux à la fin! On peut bien leur ressembler, avoir besoin de découvrir un Dieu qui pardonne en ouvrant les bras de son amour et de sa joie.
Si Jésus a pris la peine de raconter l’histoire du Père et de ses deux fils, c’est parce qu’il veut enlever de nos cœurs toutes nos hésitations concernant le pardon.

 

L’Église que Dieu veut, c’est une Église à son image, une Église qui se fait accueillante aux pécheurs comme saint Paul le demandait à Onésime la semaine dernière.
Nous pouvons témoigner que Dieu vient pour les pécheurs, non pour les terrasser ou les exclure à tout jamais, mais pour les prendre dans ses bras, et les porter jusqu’en sa demeure où même les anges se réjouissent de leur conversion, vient de nous dire Jésus.

 

Ce qui est important pour nous, ce n’est pas de lire et de relire cet évangile des centaines de fois, parce que c’est au niveau du cœur que les vrais changements se font.
C’est ce que nous pouvons demander au Seigneur aujourd’hui : que sa Parole pénètre profondément dans nos cœurs, qu’elle nous libère de nos fausses images du pardon, qu’elle fasse de nous des témoins de la miséricorde de Dieu.