Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 octobre 2018 – Sainte Thérèse-de-Jésus, D’Avila
( Luc 11, 29-32 )
Jésus vient de nous parler de Jonas alors que nous fêtons Sainte Thérèse-de-Jésus (D’Avila). Spontanément on n’est pas porté à le faire, mais il me semble qu’on peut faire un lien entre les deux.
Dès la troisième ligne du livre de Jonas, l’auteur nous raconte que Jonas se met en route, pas pour aller à Ninive, mais pour fuir. Jonas a peur de cette grande ville qui n’est pas une ville hospitalière; elle apparaît même comme une ville interdite aux gens qui arrivent d’ailleurs. S’y aventurer pour Jonas, c’est courir après l’échec.
Jonas, c’est clair encore, a aussi peur de Dieu; il a peur que Dieu lui reproche de voir d’avance un échec dans sa mission. Alors, il vit comme une retraite dans le ventre de la baleine. Il descend au plus profond de ses peurs; il touche les ténèbres qui le paralysent. C’est là qu’il rencontre son Dieu qui change sa fuite et ses peurs en audace.
Alors Jonas n’a pas de temps à perdre. Ce n’est pas le temps de faire de longs discours. « Il court et il crie ». Il crie pour que les gens se convertissent, sortent de leur conduite mauvaise et cessent leurs actes de violence.
J’arrive à la vie de sainte Thérèse.
Comme Jonas, elle a fui au début de sa vie. Elle succombe aux passe-temps de compagnies agréables; elle prend goût aux parures et au désir de plaire, au point de mettre sa vie et celle de sa famille en danger. Alors son père décide de l’envoyer au couvent où elle continue de recevoir de petits billets de ses admirateurs. Elle déplore son manque de liberté. Pas question pour elle surtout d’embrasser la vie religieuse.
Mais comme Jonas, tout bascule pour elle à un moment donné. Elle annonce à son père qu’elle veut devenir religieuse et lui de lui répondre qu’il n’acceptera jamais aussi longtemps qu’il vivra. Mais, avec la complicité d’un de ses frères, Thérèse fuit le domicile familial pour entrer au couvent.
Pendant quelques années, Thérèse vit dans son couvent sans grande ferveur religieuse. Un jour, priant devant une statue du Christ flagellé, elle entre dans un chemin de conversion qui va bouleverser toute sa vie, comme celle de Jonas. Elle vivait dans un monde qui, on pourrait le dire, ressemblait à Ninive. C’était une période de relâchement de la vie religieuse. Suite au concile de Trente, Thérèse participe à un vaste courant de réformes et fait face à une sévère opposition. Elle entreprend une réforme de l’ordre des Carmes qui s’y opposent. Elle doit même affronter l’hostilité de responsables d’Église. Mais, rien ne l’empêche de progresser dans son aventure mystique.
On dit d’elle qu’elle aimait contempler saint Paul justement parce qu’elle reconnaissait en lui quelqu’un qui s’était prononcé aussi pour le Christ en supportant de grandes épreuves. Elle écrira :
« Croyons fermement qu’avec le secours divin et des efforts nous pourrons arriver peu à peu — ce ne sera pas en un instant – là où sont parvenus tant de saints aidés par la grâce. […] Pendant quelque temps, j’ai eu sans cesse présente à l’esprit cette parole de saint Paul : “Je peux tout en Celui qui me rend fort”. »
Rendons grâce à Dieu qui a suscité cette femme, figure prestigieuse de la sainteté chrétienne, de la sainteté féminine, femme qui a travaillé très fort pour renouveler et rajeunir l’Église, première femme proclamée Docteur de l’Église
