Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 novembre 2020 – 33e dimanche ordinaire – Matthieu 25,14-30
Les premières fois que je lisais cet Évangile-là, je me disais « vraiment, il y a du monde pas chanceux ». Il y en a qui n’ont qu’un seul talent ! Né pour un petit pain, comme on dit souvent, et terminant leur vie avec un petit pain ! Je trouvais donc que le maître de la parabole était sévère, exigeant ; pas trop juste non plus. La lecture de l’Évangile d’aujourd’hui n’était pas très réjouissante ! La Bonne Nouvelle en prenait un coup !
Le problème, c’est que je ne connaissais pas la valeur monétaire d’un talent. Quand on sait qu’un seul talent, c’est l’équivalent du salaire de 6000 journées de travail, les payes de toute une vie, ça change drôlement les perspectives. Ça veut dire que le maître de la parabole, avant d’être un homme dur et exigeant, est quelqu’un qui a une confiance énorme en ses serviteurs. Confier l’équivalent de 38 000 jours de travail à trois serviteurs, ça représente toute une somme ! C’est tout un témoignage de générosité et de confiance.
Souvent quand on lit cette parabole, on pense aux qualités naturelles, petites ou grandes, qu’on a reçues : aptitudes pour les maths, facilité pour apprendre les langues, habileté manuelle, doigté pour approcher les jeunes, prédisposition pour accompagner les malades, etc. Ce n’est pas faux de penser comme ça, mais je pense bien que la parabole nous invite à aller beaucoup plus loin dans notre foi.
Le maître dans la parabole représente Dieu qui nous témoigne de son immense confiance en nous confiant d’immenses talents qui sont toutes des richesses de son Royaume : le don de la foi, la connaissance de sa bonté et de son amour, l’accueil de l’Esprit qui nous conduit à la vérité, l’adhésion à l’Évangile qui nous révèle les secrets du Père et les chemins qui conduisent à la vie éternelle, l’espérance mise au fond de nos cœurs, la force d’aimer et de pardonner… Et on pourrait continuer pendant longtemps : les richesses du Royaume de Dieu sont inépuisables !
Nous sommes donc invités aujourd’hui à prendre d’abord conscience que nous sommes en possession d’immenses richesses que le Père a confiées à l’Église et à chacune d’entre nous. Nous avons reçu chacune notre talent, nos talents qui dépassent, on peut en être convaincu, tout ce qu’on peut imaginer.
Le message de la parabole est clair : on ne peut pas garder son talent pour soi, l’enfouir sous terre, ne jamais nous préoccuper des autres. Dieu s’attend à ce que le capital qu’il nous a confié porte des intérêts, à ce que la lumière qu’il nous a remise éclaire le plus loin possible. Les baptisés ont toujours été invités à transmettre aux autres les richesses de leur foi. Les richesses du Royaume qui nous ont été confiées au Baptême, à la Confirmation, à notre profession, nous ont été confiées non pas pour être enterrées ou pour notre bénéfice personnel, mais pour porter de l’intérêt, pour produire du fruit, à 50, 60, 100 pour un. C’est une tâche exigeante, délicate et difficile.
Quoi faire et comment faire ? Il n’y a pas de solution miracle dans l’Évangile, pas de recettes, pas de trucs. Mais les deux autres lectures que nous avons entendues peuvent nous aider à comprendre un peu.
La femme vaillante dans la première lecture met du cœur à tout ; elle a un souci amoureux des siens, mais aussi une préoccupation qui dépasse sa maison. Comme elle, on peut faire fructifier nos talents en semant dans les cœurs un peu d’Évangile, chez nous dans la communauté, partout où on est. Ce ne sont pas les chances qui manquent.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, lui nous rappelle que nous sommes des enfants de lumière. C’est dire que nous pouvons être des témoins du Christ par une vie droite et bonne, par notre souci des autres, pas nos gestes de partage et d’entraide, par les pardons que nous avons octroyés, par une bonne parole semée au bon moment.
Souvent, on dit de l’Église qu’elle est riche. C’est peut-être vrai, mais ce n’est rien à côté des immenses richesses du Royaume que Dieu a mis dans nos mains. Quelle tristesse si on se contentait de les enfouir, de les garder jalousement pour nous autres ! Mais quelle fête ce serait, si on les faisait fructifier et si on entendait le Père nous dire : « Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître ».
