Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 mars 2021 – Jean4, 43-54
« Ainsi donc Jésus revint en Galilée, où il avait changé l’eau en vin. »
« Il avait changé l’eau en vin. » Saint Jean nous rappelle d’abord que le premier don que Jésus a fait à Cana était le don de la joie. Ça nous dit tout le désir qui l’habite. Il veut réaliser la prophétie du prophète Isaïe que nous avions dans la première lecture : « on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. » La joie, c’était le premier signe qu’il réalisait pour que nous puissions accueillir son salut ; par la suite, il ne cessera de faire des signes et des prodiges pour que nous croyions.
« Lui-même avait témoigné qu’un prophète n’est pas considéré dans son propre pays. » Jésus a commencé sa mission, il parcourt le pays, pour répandre la bonne nouvelle, mais il se heurte aux gens qui ne croient pas à moins qu’ils voient des signes extraordinaires. « Ils avaient vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem pendant la fête de Pâques. » « Si vous ne voyez pas de signes et de prodiges, vous ne croirez donc pas. » C’est bien ce que Jésus leur reproche. Il ne veut pas les condamner ! Il les interpelle pour qu’ils aillent plus loin, pour qu’ils ne croient pas seulement à cause des signes, mais qu’ils croient sans voir.
Justement arrive un fonctionnaire royal « dont le fils était malade à Capharnaüm ». L’homme le supplie de descendre jusque chez lui pour guérir son fils, mais Jésus lui dit qu’il n’a pas besoin de descendre, qu’il peut guérir son fils tout de suite et de l’endroit où il se trouve. Alors qu’il est devant Jésus et que l’enfant est chez lui, à Capharnaüm, le père, devra faire un acte de foi sans voir la guérison annoncée. Et cet homme va croire à la parole, il va croire sans voir. Et de fait, pendant qu’il retournait chez lui, ses serviteurs vinrent lui annoncer que son enfant était guéri à l’heure que Jésus lui avait dit : « Ton fils est vivant ».
Croire sans voir, c’est un pas essentiel dans la vie spirituelle. Il est facile de croire quand nous avons des grâces concrètes dans notre vie. Mais c’est pas mal plus difficile de croire quand on ne voit plus rien, quand on ne ressent plus rien, et c’est pourtant là que la vraie foi peut s’exprimer, croire que Dieu est présent même si je ne le vois pas, croire que Dieu agit en moi, même si je ne le ressens pas, croire même qu’il me protège et me bénit au sein de mes épreuves…
C’est le défi que Jésus nous lance aujourd’hui, en ce lundi de la quatrième semaine de notre carême, croire, vivre notre foi en lui sans voir, sans rien ressentir.
