Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 juin 2020 – Matthieu 5,38-42
« Vous avez appris qu’il a été dit : « Œil pour œil, et dent pour dent. »
Quand j’ai lu les lectures d’aujourd’hui, la première question qui m’est venu à l’esprit était celle-ci : « qu’est que l’histoire de Jézabel et Naboth faisait là à côté de l’évangile. Le roi Achab convoite la vigne de Naboth, Jézabel de son côté organise un procès avec de faux témoins, au point d’attenter à la vie de Naboth. Ensuite, j’ai compris que Jésus nous invitait à faire un grand passage. C’était son histoire, celle d’Étienne et de bien d’autres. Il ne faut pas se faire trop illusion, l’aventure humaine ne change pas, la convoitise ne vieillit pas avec le temps. » Jésus veut nous l’éviter.
Aussi, il nous invite à refuser l’œil pour l’œil, à vivre sans désir de vengeance. Ce qui fait de nous des disciples, c’est le respect des autres, la capacité de compassion, le regard attentif à l’autre. Saint Paul avait bien raison d’écrire que celui qui est dans le christ est une création nouvelle. Le chrétien authentique dépose le fardeau de la vengeance comme on dépose un vieux vêtement pour revêtir un habit neuf, un vêtement royal.
L’œil pour œil a des répercussions incalculables sur le développement du monde alors que le pardon élève l’humanité et nos vies à des sommets. La langue de la réconciliation sera toujours une langue nouvelle. C’est la langue de l’Esprit de la Pentecôte, celle qui a évangélisé l’Église qui, à son tour, nous évangélise nous aussi. Pour dire cette langue nouvelle, Jésus demandait de réparer les torts, de pardonner à ses ennemis, d’aider les démunis, de secourir ceux qui souffrent, de se faire le serviteur des plus petits. Toutes celles et ceux qui le font seront accueillis avec joie par son Père pour avoir donné un simple verre d’eau.
Oui, Jésus est venu changer nos cœurs fermés sur eux-mêmes pour refonder l’humanité sur une loi nouvelle, sur des attitudes réconciliatrices plutôt que guerrières, comme on pouvait le voir dans la première lecture. Notre Dieu est le Dieu d’une alliance nouvelle exprimée en Jésus qui n’a pas craint de quitter le rang qui était le sien. L’évangile confirme ce chemin à prendre pour éviter à notre monde de devenir esclave d’un esprit tout centré sur l’avoir, la puissance plutôt qu’au service de l’humain. Cette page ouvre sur une longue marche, faite de recul et d’avancement, d’échec et de victoire. Mais c’est ensemble qu’il nous faut marcher vers son accomplissement.
Saint François d’Assise disait : « On ne peut savoir si un serviteur de Dieu possède cette loi nouvelle tant que tout va selon ses désirs, mais c’est quand arrive les contestations que se manifeste si l’on possède son esprit. »
Prions pour que le Seigneur élargisse notre cœur, afin qu’il devienne magnanime, doux, capable d’entrer dans la loi nouvelle que Jésus a apporté.
