Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 décembre 2019 – 3e dimanche de l’Avent «A» (Matthieu 11,2-11)
La prophétie d’Isaïe est très attirante, mais elle semble improbable puisque le peuple est dans un contexte d’exil. Comment le pays aride peut-il fleurir comme la rose ? Comment la gloire du Seigneur et la splendeur de notre Dieu peuvent-elles se manifester alors que le malheur frappe de toutes parts ? Et que de belles paroles dans le psaume ! « Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés ».
Ces paroles du prophète et celles du psaume sont si grandes qu’on se demande si c’est réaliste, et pourtant, nous osons y croire. Nous aimons penser que le meilleur est à venir, et plus encore quand nous croyons que c’est Dieu lui-même qui fait surgir l’espérance. Ne nous est-il pas arrivé de retrouver l’espérance dans une prière qui nous a fait du bien, dans une lecture de la bible qui nous a parlé au cœur, ou plus simplement encore quand nous avons réalisé que nous avons été épargnés du malheur. Vraiment, nous croyons que c’est Dieu qui a suscité l’espérance en nous ; et nous croyons que notre espérance ne sera pas déçue.
Comme au temps d’Isaïe, nous pouvons trouver que les indices du royaume des cieux sont parfois très discrets et qu’il devient difficile de les considérer comme encourageants. Qu’on pense à la lettre de saint Jacques qui invite les siens à la patience dans un contexte de persécutions. Le mot « patience » revient 4 fois dans un court extrait. Qu’on pense à Jean-Baptiste qui est en prison. Il devient important de faire le plein d’espérance comme le fait le prophète Isaïe aux exilés de son temps.. C’est ce que Jésus fait dans l’évangile, il redonne de la force à Jean Baptiste pour qu’il puisse témoigner même de sa prison. Nous aussi, nous avons besoin de faire le plein d’espérance. Nous aussi, nous devons tenir ferme et patienter, car le temps de la récolte ne semble pas près d’arriver. Comme le dit Saint Jacques : « Prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé du nom du Seigneur. »
Quand le doute et le découragement s’installent, nous sommes un peu comme Jean Baptiste. Il croit dans la mission qu’il a reçue du Seigneur, mais il est ébranlé quand il constate que le messie bien différent de celui qu’il imaginait. Même chose pour Le Christ ! Il a connu l’échec et l’abandon, l’incompréhension et la souffrance. Et ça n’a pas commencé au début de sa vie publique. Déjà à sa naissance, nous le voyons démuni et déjà persécuté.
Et pourtant, c’est grâce à sa condition d’humble serviteur du Père qu’il est devenu le Vainqueur. Vraiment le Père s’est montré patient, et le Fils tout autant. Il en est ainsi pour nous. Nous croyons que l’Esprit saint nous accompagne avec patience jusqu’au jour où tout sera dévoilé. Alors seulement notre joie sera complète. La récolte viendra. Notre espérance sera largement récompensée par l’émerveillement que nous vivrons auprès du Père de toute éternité.
À dix jours de Noël, nous espérons le retour du Christ qui va accomplir les merveilles qu’il nous promet. En attendant, patientons et laissons-nous attendrir par la première venue du Fils de Dieu qui se révèle dans la fragilité du nouveau-né. Oui, il est venu. Il semble méconnaissable pour ceux qui attendaient de lui un triomphe. Lui, le « Prince de la Paix », sera malmené jusqu’à mourir d’une manière infâme. Mais grâce à lui, un jour la joie pascale va surgir et tout sera dévoilé au grand jour. Ce sera le temps de la récolte.
Alors les prophéties de bonheur d’Isaïe dans la première lecture, et les joies annoncées dans le Psaume deviendront réalités.
