Mgr J-C. Dufour- 15 août 2019 – Assomption de Marie – Luc 1, 39-56

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 15 août 2019 – Assomption de Marie

Luc 1,39-56

 

Chaque fois que je lis cet évangile, j’imagine toujours une petite visite éclair de Marie à sa cousine Élisabeth, pourtant saint Luc prend bien soin de nous dire que Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, jusqu’à la naissance de Jean-Baptiste. J’imagine que pendant ce temps, les deux femmes ont eu la chance d’échanger bien des confidences.

C’est quelque chose leur rencontre : la première plus âgée représente tous ces siècles de préparation à la venue du Messie, et la deuxième, encore toute jeune, pleine de vie, rayonnante, sans tache annonce tout ce qui s’en vient, la création d’une nouvelle humanité. La première porte le dernier et le plus grand des prophètes, et la deuxième porte celui que Gabriel lui avait annoncé en disant : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » (Luc 1,32-33).

Luc nous dit que Marie s’était mise en route avec empressement vers une ville de Judée. Ça se comprend. Son empressement à se mettre en route, c’est la hâte de l’amour parce qu’elle porte un secret, un secret d’amour. Elle témoigne, avec sa cousine, que rien n’est impossible à Dieu puisque son Fils est le propre fils de Dieu.

Quand Élisabeth entend la voix de Marie qui entre dans sa maison, son enfant tressaille en elle. Envahie par l’Esprit Saint, en un instant, elle saisit le mystère de Marie, elle comprend qui est l’enfant que Marie porte, ce qu’elle exprime par une double bénédiction : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ».

Ces deux femmes, comme toutes les femmes qui attendent un enfant, ne sont pas sans vivre dans l’espérance, sans espérer que la naissance se déroule très bien, que leur enfant soit sans défaut. Mais il y a plus cette fois-ci. L’Esprit saint qui est venu sur Marie et qui l’a pris sous son ombre intervient à nouveau pour Élisabeth en lui faisant voir qui est Marie et qui est l’enfant qu’elle porte. C’est le même Esprit qui veut que toute l’espérance du monde soit portée par ces deux femmes enceintes qui traduisent toute l’attente du bonheur qui habite le monde.

La rencontre de ces deux mères est en même temps la rencontre invisible de deux enfants : rencontre entre l’enfant de Dieu que Marie porte, enfant qui est le Sauveur du monde, enfant qui annonce un monde nouveau où l’amour de Dieu sera vainqueur de tout mal et Jean-Baptiste qui tressaille déjà à la rencontre de Celui qu’il annoncera. Nous savons que la mission de Jean Baptiste sera d’annoncer la venue du Messie jusqu’à dire à Jean et André « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Sa mission se profile déjà dans la rencontre des deux mères puisqu’en tressaillant, il éveille déjà sa mère à l’accueil des œuvres de Dieu et surtout au trésor que Marie porte en son sein.

« Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. » C’est à la lumière de ces mots de Luc que j’ai le goût de lire le Magnificat de Marie. « Mon âme exalte le Seigneur. » Je comprends. Marie voit ce que Dieu a fait en elle, elle voit le miracle que Dieu a fait pour Joachim dans le Temple et pour sa vieille cousine avancée en âge. « Le Puissant fait pour moi des merveilles », ce qui n’est pas sans lui rappeler tout ce que le Seigneur a pu faire au cours de siècles, sa miséricorde qui s’est étendue d’âge en âge. « Il élève les humbles », ces deux femmes sont en train de le vivre ensemble.

La préface d’aujourd’hui traduit bien ce que signifie l’Assomption en nous disant : « Aujourd’hui, la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel ». Pouvait-il en être autrement ? La chair humaine qui a porté le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, était déjà promise à la vie éternelle.

Il y a de quoi s’émerveiller et contempler devant cette rencontre de deux femmes, mais on ne peut en rester là. Notre bonheur comme celui de Marie et d’Élisabeth s’enracine dans notre foi. C’est le bonheur de tous ceux et celles qui bâtissent leur vie sur la promesse de Dieu, sur Jésus qui est venu dans l’humilité de Noël, qui vient pour nous dans l’intimité de cette Eucharistie et qui reviendra dans l’immense clarté de sa gloire pour nous élever nous aussi à la manière de Marie.