Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 14 septembre 2020 – La croix glorieuse – Jean 3,13-17
Il est question de croix aujourd’hui. C’est un des premiers gestes religieux que nous avons appris. Nous la voyons devant votre nouveau monastère, au sommet des clochers, dans nos églises, sur la tombe de nos défunts, et autrefois, à la croisée des chemins. Depuis que vous êtes religieuses, on peut la voir sur vos robes et vos chapelets. La croix fait partie de l’héritage que nous avons reçu de nos ancêtres et des plus proches de nous, de nos parents.
Je me souviens d’un montage audiovisuel qui avait été monté au Brésil. C’étaient des croix terribles à vous glacer le sang. C’est vrai que la croix douloureuse marque toujours la vie de bien des hommes, des femmes et d’enfants : pensons à celle qui s’appelle la longue maladie, l’exclusion, la condamnation injuste, les persécutions très présentes dans notre monde, à la pandémie qui touche le monde entier, plus de 900 000 morts présentement. Les experts des Nations Unies prévoient que ça va durer deux ans. La croix douloureuse, le Christ l’a vécu. Saint Paul nous en parlait dans la première lecture, saint Paul nous dit : « Il s’est anéanti… il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix. »
Cette croix si douloureuse pour tant de personnes de notre monde, Jésus l’a portée avant nous. On peut penser aux souffrances morales qu’il a dû affronter, aux accusations injustes qu’il a subies, la haine que lui manifestaient les chefs religieux. Mais la souffrance de Jésus, il ne faut pas l’oublier, c’était aussi la trahison de Judas, le reniement de Pierre, les disciples qui s’étaient tous enfuis.
Aujourd’hui, dans l’évangile, saint Jean nous invite à projeter un autre regard, à regarder plus loin. En nous parlant de Jésus élevé sur la croix, il ne veut pas seulement dire que Jésus a été élevé physiquement. Dans la sacristie, vous avez mis une petite croix qui montre déjà la résurrection. C’est de ça que saint Jean veut nous parler : de l’exaltation et de la glorification de Jésus sur la croix. En préparant mon homélie, je me suis arrêté un moment sur ces mots de l’antienne d’ouverture : « En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection », trois choses : le salut, la vie et la résurrection,
Et pour nous aider à mieux comprendre, saint Jean fait appel à un événement de l’Ancien Testament. Quand les Hébreux ont marché dans le désert en route vers la Terre Promise, Ils se sont révoltés contre Dieu. Et voilà qu’à un moment donné ils se sont trouvés dans une région infestée par des serpents venimeux. Plusieurs moururent. Ils ont pensé que Dieu avait choisi ce moyen pour leur montrer sa colère et qu’ils étaient punis à cause de leur péché.
Alors c’est Dieu lui-même qui intervient et dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » (Nb 21,8) Il faut bien comprendre cette phrase : ce n’est pas l’objet que les sauvait, c’est Dieu vers qui ils se tournaient. Ils étaient invités à laisser de côté leur révolte et à renouveler leur confiance en un Dieu sauveur et libérateur.
Ce que nous dit saint Jean vient nous rejoindre aujourd’hui. Comme les Hébreux qui se tournaient vers le serpent brûlant dressé au-dessus d’un mât, nous pouvons être guéris et sauvés en nous tournant vers la croix du Christ. Ce n’est pas un geste magique, c’est une démarche de foi et de confiance envers le Christ qui veut nous sauver, nous donner la vie et finalement la résurrection. Retenons les mots de saint Paul qui disait : « alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? le danger ? Le glaive ? … ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rm 8,35 .39)
Le Christ qui nous aime d’un amour fou veut nous combler au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Il attend de nous une réponse libre, accueillante et aimante. La réponse nous appartient. En regardant une croix, nous pouvons apprendre beaucoup du Christ qui nous a aimés jusqu’au don total de sa vie. Nous sommes invités à le suivre, à nous donner jusqu’au bout.
« Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection ; par lui nous sommes sauvés et délivrés. »[1]
[1] Antienne d’ouverture
