Mgr J-C Dufour-14 Novembre 2018- Tite 3,1-7 et Luc 17, 11-19

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 14 Novembre 2018

( Tite 3, 1-7  _ Luc 17, 11-19 )

 

« Les neuf autres, où sont-ils ? »
Cette petite question m’a beaucoup habité depuis que j’ai préparé cette homélie. Je me disais que si le Seigneur nous a laissé cette question, ce n’était pas pour rien. Il savait bien qu’elle nous habiterait, nous aussi.

 

Je pense que bien des prêtres et bien des serviteurs du Seigneur connaissent la même souffrance que Jésus en se posant la même question que lui.
Où sont-ils ceux à qui nous avons annoncé l’évangile pendant toutes ces années ?
Où sont-ils les jeunes parents qui nous ont priés de baptiser leur enfant ?
Où sont-ils ceux qui, à un moment donné, ont manifesté beaucoup d’intérêt pour le salut de leur âme ?
Où sont-ils ceux et celles qui ont voulu confier leur amour au Seigneur pour le reste de leur vie ?
Où sont-ils ceux qui, il y a quelques années à peine, venaient s’asseoir sur les bancs de l’église ?
« Les neuf autres, où sont-ils ? »

 

Cette question en amène d’autres.
Pourquoi ne sont-ils pas revenus ?
Qu’est-ce qui les a retenus loin de l’évangile qui pouvait leur apporter tant de bonheur ?
Qu’est-ce qu’on peut faire pour partir à leur recherche et leur poser la question ?

 

Dix lépreux étaient venus à la rencontre de Jésus en le suppliant de prendre pitié d’eux. « Allez vous montrer aux prêtres », leur avait-il répondu.
Les dix ont été guéris en chemin ; neuf ne sont pas revenus vers Jésus.
Si on allait les interviewé pour leur demander pourquoi ils ne sont pas revenus dire merci, on aurait probablement neuf raisons :
je n’avais pas le temps ; j’ai oublié ; j’ai fêté ça autour d’une bonne table ; je ne crois pas vraiment ; je n’ai plus besoin de lui ; c’est trop compromettant.

 

Un seul est revenu sur ses pas pour remercier Jésus, un étranger, un samaritain en plus.

 

Saint Paul, dans la lettre qu’il écrit à Tite, nous invite à nous reconnaître parmi les dix lépreux quand il dit :
« Nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de plaisirs… Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés. »
On sent que saint Paul invite les premières communautés à agir comme le samaritain, à dire merci, à être reconnaissantes en faisant comprendre que Dieu a manifesté sa bonté, qu’il nous a sauvés par sa miséricorde, nous a fait renaître et renouvelés dans l’Esprit Saint.

 

Il me semble que ce matin, nous sommes invités à prendre bien conscience de tout ce que le Seigneur a fait pour nous tout au long de notre vie.
Ça n’a pas été une conversion instantanée, mais on peut se rappeler des épisodes de nos vies où Dieu nous a véritablement conduits, nous a fait du bien, est intervenu en notre faveur, a fait clairement quelque chose pour nous.

 

Aussi nous avons besoin de revenir sur nos pas comme le samaritain, c’est-à-dire de revenir vers Jésus qui est à la source de tout bien « en glorifiant Dieu à pleine voix »
En célébrant l’Eucharistie, nous voulons retrouver le regard bienveillant de Jésus sur chacune de nos vies et lui exprimer toute notre reconnaissance pour le regard d’amour qu’il porte sur chacun et chacune de nous.