Mgr J-C. Dufour-14 juillet 2019-15e dimanche ordinaire  «C» Luc10, 25-37

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 14 juillet 2019 -15e dimanche ordinaire  «C» ( Luc 10, 25-37 )

 Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine III

 

Au mois de mars 1992, j’ai été victime d’un vol à main armée au presbytère pour la quête de la messe de 4h.
Quelques semaines plus tard, je recevais une lettre d’un des voleurs, ils étaient trois, dans laquelle il me disait : « J’aime la vie, je ne veux pas quand même de la pitié pour mon geste ; j’ai assez souffert de l’avoir commis ; j’ai honte de moi, car j’avais travaillé fort pour me repartir à zéro avec mes enfants que j’aime, j’avais déjà commis des vols avant, mais c’était parce que je me droguais, je suis guéri de cette poudre du diable. Je m’en veux bien gros de tout ce que j’ai pu causer dans votre paroisse, pardonnez-moi et priez pour moi pour que je devienne meilleur. »
Cet homme ressemble à l’homme blessé de l’Évangile. Je n’ai pas voulu de l’ignorer, passer de l’autre côté de la route, mais de répondre à sa demande en priant pour lui, pour qu’il devienne meilleur.

 

Quand nous prenons la peine de regarder un peu notre monde, il n’est pas difficile de voir des gens blessés sur le bord du chemin, blessés par l’oppression, par la guerre, la violence, la solitude, blessés par la pauvreté, le manque de dignité humaine souvent. Notre monde lui-même ressemble à l’homme blessé de l’évangile.

 

Jésus nous dit qu’un prêtre et un lévite ont passé de l’autre côté du chemin en ignorant l’homme blessé.
On pourrait bien les pointer du doigt. Même si nous prétendons avoir une grande ouverture d’esprit, si nous nous croyons capables d’accueillir les autres dans leurs différences, la réalité nous montre tout le contraire.
Nous avons toujours du mal à nous approcher de ceux et celles qui ont besoin d’attention.

 

Et pourtant aussi, nous sommes faits pour vivre en communion les uns avec les autres comme le disait si bien la première lecture : « Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » La loi de Dieu, sa loi d’amour n’est pas inaccessible dans les cieux, ni au-delà des mers, « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que nous la mettions en pratique. » C’est clair, le Seigneur fait appel à ce qu’il y a de meilleur en nous.

 

Le samaritain de l’évangile vient nous dire qui est notre Dieu, notre Dieu qui a des comportements si différents des nôtres, des comportements qui peuvent nous paraître bien étranges. Jésus vient nous dire que notre Dieu n’est pas un Dieu dédaigneux de la misère, de la solitude, de la pauvreté, de l’exclusion, mais un Dieu de compassion, toujours saisi de pitié devant la détresse humaine. Notre Dieu ressemble au Samaritain de l’Évangile. Je donne un exemple !

 

Au temps de Jésus, les lépreux devaient crier à ceux qui les approchaient « Touchez-moi pas ! Sauvez-vous ! Vous allez attraper ma lèpre ! »
Jésus faisait tout le contraire comme s’il leur disait : « Laissez-moi vous toucher, vous allez attraper ma santé ». C’est ça notre Dieu ! Il se fait proche de nous pour qu’on attrape sa vie, sa force.
J’irais jusqu’à dire qu’en venant à la messe ce matin, nous venons rencontrer ce Samaritain qui prend soin de nous, qui verse de l’huile et du vin sur nos plaies pour guérir nos blessures, qui nous confie à l’aubergiste, à l’Église, jusqu’à ce que nous soyons complètement guéris, qui demande à l’Église de prendre soin de nous, non pas pour deux pièces d’argent, mais au prix même de sa vie.

Le docteur de la Loi avait répondu à Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » « Fais ainsi et tu vivras », lui répond Jésus.

 

Il suffit d’ouvrir un peu les yeux pour découvrir des personnes blessées au long de notre route. Nous avons l’occasion de nous faire proches, d’agir comme le samaritain de l’évangile c’est-à-dire comme notre Dieu. « Fais ainsi et tu vivras » « Elle est près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. » Elle est ce qu’il y a de meilleur en toi.