Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 14 février 2021 – 6e dimanche ordinaire – Marc1, 40-45
C’est tellement simple la petite histoire que nous raconte l’Évangile! Même un petit enfant serait capable de comprendre!
Pourtant, on peut se poser des questions! Pourquoi Jésus est-il si bon au début et si sévère après la guérison du lépreux? Pourquoi demande-t-il au lépreux de garder le secret en l’invitant à aller se montrer au prêtre? Ça devient geste public et le prêtre n’est pas tenu par le secret? Pourquoi le lépreux n’écoute-t-il pas Jésus qui vient de lui faire une faveur incroyable en se mettant à publier, et à grands cris, la bonne nouvelle qui changeait toute sa vie? Ça fait pas mal de questions!
Vous connaissez tous les œuvres du Cardinal Léger en faveur des lépreux! Peut-être qu’il y en a même, parmi vous, qui venez au secours des lépreux en faisant des dons, parce on comprend que ces gens-là souffrent d’une maladie terrible! C’était encore pire à l’époque de Jésus. Non seulement on ne pouvait pas les toucher parce qu’on avait peur d’attraper la maladie, mais on les considérait comme des êtres impurs. Ils étaient le symbole de toutes les blessures spirituelles et morales qui peuvent toucher un être humain. Ils ne pouvaient participer à aucune célébration religieuse, ni au Temple, ni à la synagogue. Ils devaient porter des vêtements déchirés, comme on en portait à l’époque pour signifier qu’on était en deuil, parce qu’on les considérait comme des morts vivants. Ceux qui les touchaient devenaient eux-mêmes des êtres impurs. Ce n’était pas une petite affaire!
Jésus se laisse approcher par le lépreux; il étend la main et le touche » et le lépreux est guéri.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la situation est complètement renversée! Celui qui était impur, le lépreux, devient pur. Et celui qui était pur, Jésus, devient impur parce qu’il a touché au lépreux. Celui qui était exclus de partout peut reprendre sa place parmi les siens, alors que, l’autre, Jésus devient un exclus. On le dit bien dans l’évangile : « Il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités. » Ça ira loin! Il sera tellement exclus par les autorités de son temps qu’il finira par mourir sur une croix.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l’évangile ne nous dit pas que l’homme a été guéri, mais qu’il a été purifié. C’est pas un petit détail!
Je l’ai dit tout à l’heure! Dans le temps de Jésus, la lèpre était considérée plus comme une impureté que comme une maladie; les ravages de cette maladie faisait penser à tous ces ravages intérieurs qu’on peut trouver chez les humains. C’est important d’en prendre conscience! Quand Jésus purifie le lépreux, il démontre très clairement qu’il est venu purifier les profondeurs humaines de tous ces maux qui nous empêchent d’être à l « l’image et la ressemblance de Dieu » comme nous devrions l’être..
Il y a plein d’invitation là-dedans.
Comme le lépreux, avec toutes les lèpres qui nous accablent, nous pouvons nous approcher de Jésus, et le supplier : « Si tu le veux, tu peux me purifier ».
On devrait toujours s’approcher du Seigneur avec cette simplicité du cœur dans notre prière en commençant par lui dire : « Si tu le veux. »
« Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main et le toucha. » Jésus se laisse toucher par cet homme exclus de sa communauté à cause de sa maladie contagieuse. Si le Seigneur n’a pas repoussé le lépreux, on doit comprendre qu’il s’approche de nous aujourd’hui de la même manière, malgré nos lèpres, nos maladies du cœur et de l’âme.
Laissons-nous toucher par la tendresse du Seigneur surtout pendant cette eucharistie qui est aussi un rite de guérison : « Dis seulement une Parole, et je serai guéri. »
Sévèrement Jésus commande au lépreux de se taire. On peut comprendre Jésus. Il ne veut pas qu’on se méprenne sur son compte. Il n’est pas venu pour combler toutes les attentes humaines. Il vient pour installer un Royaume de paix, de justice et d’amour. Et le peuple juif n’était pas prêt à entendre cette Parole! Il voulait un messie qui viendrait le libérer des romains!
Mais il a une grande langue le lépreux! Et lui aussi, on peut le comprendre. Il vient de vivre quelque chose d’extraordinaire. Impossible de se taire!
Nous aussi, nous avons reçu des dons merveilleux de la part de Jésus, sa vie, son amour, sa joie, et il nous invite par sa Parole et par le pain qu’il nous donne à faire de même, à parler, à vivre de la vie même de Dieu, à vivre en chrétiens et en chrétiennes fidèles, en enfants bien-aimés du Père, en frères et sœurs du Fils unique de Dieu. C’est tout un programme !. Autant de façons d’être comme le lépreux qui, « une fois parti, se mit à proclamer et à répandre la nouvelle… »
