Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 14 avril 2020 – Jean 20,11-18
Marie-Madeleine s’était rendue au tombeau de bonne heure le matin ; de fait, il fait encore la nuit. Mais bientôt, le soleil va se lever, et pas n’importe lequel soleil pour elle. Elle vit un moment lumineux. C’est ce que saint Jean nous raconte ce matin.
D’abord, on sait que Marie-Madeleine est une disciple très sincère de Jésus. Nous connaissons son histoire. Elle s’était attachée à Jésus, elle le suivait ; pour elle, il était un maître incomparable crucifié par amour. Elle se tenait près du tombeau, elle pleure, elle se sent seule dans la recherche de celui qu’elle aime. Comme l’amante du Cantique des Cantiques, elle est séparée de l’objet de son amour. Deux phrases de l’évangile sont comme deux petites perles et nous font voir comment elle était une disciple très sincère : « On a enlevé le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l’a mis » et « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le reprendre » ! Quand on regarde l’histoire, on se doit de conclure que peu de disciples se sont montrés si attachés et loyaux comme l’avait été Marie-Madeleine.
Elle se penche vers le tombeau et elle aperçoit deux anges vêtus de blanc qui lui demandent pourquoi elle pleure, mais ils le l’aident pas vraiment dans sa recherche de son Seigneur. Ensuite, quelqu’un qu’elle prend d’abord pour la jardinier lui pose la même question : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Ne reconnaissant pas Jésus, elle lui répond comme à quelqu’un qui s’intéresse à son désarroi. « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi j’irai le prendre ». Et puis, Jésus l’appelle par son nom : « Marie ! » Il la frappe au point de la faire frémir de résurrection et de vie, c’est-à-dire, de Lui-même, le Ressuscité, le Vivant pour toujours.
Marie ne peut reconnaître le Seigneur. Personne ne peut le reconnaître s’il n’est d’abord reconnu et appelé par lui. Chacun, chacune, nous avons un nom aux yeux de Dieu. « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent », avait dit Jésus (Jn 10,14). Mais ce maître n’est la propriété de personne, « ne me retiens pas » ; personne ne peut mettre la main sur lui, personne ne peut le retenir pour lui, tout seul. « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et elle raconta ce qu’il lui avait dit. »
Marie-Madeleine devient le premier apôtre. Elle est envoyée par le Seigneur auprès des frères, chargée d’évangéliser Simon Pierre et les autres. Elle est l’apôtre des apôtres, le modèle des croyants. Elle vient nous rappeler que l’Église est bâtie sur ceux et celles que le Seigneur ressuscité appelle par leur nom et envoie proclamer la Bonne Nouvelle.
