Mgr J-C. Dufour-14 avril 2019-Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur «C» Luc 23,1-49

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 14 Avril 2019 – Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur «C»  ( Luc 23,1-49 )

Liturgie des Heures : 2e Semaine

 

On pourrait bien se demander pourquoi les quatre évangélistes, longtemps après la résurrection de Jésus, se sont évertués à écrire un récit si long de la passion du Seigneur.
Ils auraient pu se limiter à ses enseignements, au succès qu’il remportait auprès des foules, à sa manière d’être avec ses disciples, à ses discussions éclairantes et fécondes, à ses apparitions après sa résurrection.
Pourquoi cette insistance à revenir si longuement sur les jours les plus sombres de la vie terrestre du Christ?

 

Tout simplement parce que l’Église veut nous faire entrer dans le grand mystère d’amour de Dieu!
Les quatre évangélistes ont raconté longuement la Passion de Jésus pour qu’on n’oublie jamais l’amour de celui qui s’est donné jusqu’à la mort pour nous.
Et dans l’évangile de saint Luc, ce matin, cet amour prend les couleurs du pardon. Il ne dit pas « Je vous pardonne », mais « Père, pardonne-leur… »
Il se révèle ainsi comme celui qui intercède auprès du Père pour nous, et celui à qui son Père ne peut rien refuser. Il manifeste clairement que c’est bien la volonté du Père qu’il vient accomplir. Non seulement il pardonne mais on voit encore, dans le bon larron, que son pardon ne supporte aucun délai.
Bernanos faisait dire au curé de campagne : « La faute est à peine sortie de nous qu’il suffit d’un regard, d’un signe, d’un appel muet pour que le pardon nous fonce dessus, du haut des cieux, comme un aigle. »
Par ce pardon des plus surprenants, Jésus efface pour toujours l’image d’un Dieu terrible et vengeur que ne laisse rien passer.

 

Trois fois, les adversaires de Jésus le somme de se sauver lui-même s’il est le Fils de Dieu!
Mais Jésus n’est pas venu pour se sauver lui-même mais pour sauver le monde entier. Une autre belle contradiction! Ceux qui somment de se sauver lui-même reconnaissent pourtant qu’il est venu pour sauver quand ils disent : « Il en a sauvé d’autres… » Ces autres, on les connaît très bien: le paralysé sur le bord de la piscine, des lépreux, des sourds-muets, des aveugles. Jésus n’est pas venu pour semer le désordre comme on l’accuse mais pour sauver.

 

Quand on parle des évangiles de la Passion, on pense d’abord aux souffrances que Jésus a dû endurer, mais sa passion, c’est aussi cette passion d’amour qu’il manifeste pour les hommes en venant les sauver.
On en a un bel exemple dans l’évangile. Un des deux larrons demandent à Jésus « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume » et Jésus lui répond : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis! » Le premier sauvé, le premier saint, un voleur et un bandit!
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait qu’elle aimerait bien voler le paradis comme le bon larron. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis! »
Pas demain, aujourd’hui! Pas de délai! Aujourd’hui!

 

Cet évangile de la Passion nous permet de prendre conscience de tout ce qui nous fait mal, de nos peurs, de nos insécurités, de nos deuils et de nos solitudes; de prendre conscience des incompréhensions que nous subissons, des injustices dont nous sommes témoins et dire à Jésus notre besoin de salut.
Aussi, que la prière du bon larron: « Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Royaume » soit la nôtre tout au long de cette sainte semaine, et nous entendrons Jésus nous répondre dans le secret de notre cœur « Je suis ton Sauveur, aujourd’hui, le salut est arrivé pour ta maison. »