Mgr J-C. Dufour-13 novembre 2019 – Luc17, 11-19

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 13 novembre 2019

(Luc 17, 11,19)

 

« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Et les neuf autres où sont-ils ? »

n’a certainement pas fait cette remarque juste de son temps.    Au 12e siècle, saint Bernard faisait lui-même cette constatation pour les gens de son temps. Il disait que les demandes à Dieu se font nombreuses, constantes et qu’on est moins reconnaissant envers Dieu pour ce qu’il nous offre. Aujourd’hui, on peut toujours se poser des questions. Manquons-nous de gratitude ? Savons-nous nous émerveiller devant l’œuvre de Dieu, surtout celle qu’il fait en nous ?

 

Le pape François constatait que, de plus en notre temps, que tout était centré sur le moi, sur une sorte d’adoration de soi qu’il appelle « égolâtrie ».   On comprend, dans un tel contexte, qu’on ait bien du mal à se tourner vers les autres.

 

On voit tout le contraire dans le psaume 103 qui chante : « Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tout cela, ta sagesse l’a fait ;   la terre s’emplit de tes biens. Tous, ils comptent sur toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu. Tu donnes : eux, ils ramassent ; tu ouvres la main : ils sont comblés. »

 

Saint Paul fait du pilier de toute sa vie l’Action de grâces : « Je recommande avant tout que l’on fasse des demandes […] des Actions de grâce […] ; voilà ce qui plaît à Dieu. »  (1 Tm 2, 1). Puissions-nous reconnaître, comme lui, les bienfaits dont nous sommes comblés.

 

C’est ce que fait, à la fin de l’évangile, le samaritain qui vient remercier Jésus, le seul sur les dix et un étranger en plus. Il est conscient que sa vie nouvelle, il la doit à Jésus. Aussi, il revient lui exprimer son admiration, sa gratitude. Que ce geste est beau ! C’est un vrai « magnificat » où il reconnaît à la fois sa petitesse et la grandeur de Jésus qui a fait en lui de grandes choses.

 

À sa manière, le Samaritain nous renvoie à Jésus. Lui aussi est revenu vers son Père pour lui exprimer toute sa gratitude, pour exprimer sa reconnaissance pour l’œuvre qu’il fait en lui. Jésus voit que ce qu’il est, il le doit à son Père. Si on pouvait prendre une photo de lui, ce serait au moment où il adresse à son Père un beau « Magnificat », au moment où il remercie son Père, « Père, je te rends grâce », particulièrement à la multiplication des pains et après avoir pris la coupe.

 

Comme je le disais plus haut, il est bien plus facile de facile de faire des demandes que de prendre le chemin de la reconnaissance.   Le prophète Jérémie nous proposait une manière pour y arriver. Il disait que pour prendre ce chemin de la reconnaissance, il fallait : « se lever et descendre dans la maison du potier » qui, en travaillant l’argile que nous sommes, nous a fait ce que nous sommes. Il nous a fait tels que nous sommes. Quand aujourd’hui nous prenons le temps de revenir au Seigneur, nous ne faisons qu’exprimer notre vie et notre profonde humanité, reconnaissant que nous venons de Dieu et que tout est grâce.