Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 13 mai 2020 – Jean 15,1-8
Depuis un mois déjà nous faisons l’apprentissage de la Résurrection, pas celle de la fin de notre vie, mais celle du présent. Ce qui se passe dans la nature présentement peut nous aider à comprendre : on surveille les bourgeons, on sait qu’ils deviendront fleurs, qui elles-mêmes deviendront des fruits. Faire l’apprentissage de la Résurrection, c’est apprendre à produire du fruit.
La vigne était sans aucun doute une image très parlante pour les disciples, mais Jésus « ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis », il va droit à l’essentiel de l’enseignement qu’il veut nous laisser. Il y a, dit-il, trois sortes de sarments.
Il y a d’abord les sarments secs qui ressemblent déjà à un tas de branches mortes. Mieux vaut les brûler au plus vite. Ainsi en va‑t-il dans chacune de nos vies. Nous y trouvons toujours des moments, des attitudes, des choix, qui ressemblent aux sarments secs, ils sont inutiles pour notre foi. De temps à autre nous en faisons un tas sous le regard de Dieu, et nous le brûlons allègrement au grand feu de la miséricorde.
Il y a aussi les sarments de belle apparence, mais le vigneron averti ne s’y trompe pas. Ils profitent trop peu de la sève ; on y trouvera que peu de fruits, quelques grappes chétives et surettes. La solution, explique Jésus, c’est de prendre un petit couteau pour les émonder. « Tout sarment qui produit du fruit, mon Père l’émonde, afin qu’il en produise davantage encore ». Davantage : voilà le maître‑mot ! Si nous sommes prêts à vivre davantage, à servir davantage, à aimer davantage, nous nous offrirons de nous‑mêmes au travail du vigneron, de Dieu, pour qu’il purifie notre vie en dirigeant la sève là où il veut.
La troisième sorte de sarments, ce sont les sarments où la sève circule librement et porte de beaux et bons fruits. Et Jésus décrit longuement ce sarment digne de la sève : c’est un croyant qui demeure en Jésus et en qui Jésus peut demeurer ; c’est un croyant en qui la parole de Dieu demeure et travaille ; c’est un disciple fermement ancré dans son amour et dans le commandement de l’amour.
Quand la sève est libre, les fruits sont beaux. Quand l’amour de Dieu n’est pas refusé, quand sa présence est accueillie, quand on n’impose plus de délais à la charité, les fruits viennent en abondance : le croyant devient vraiment disciple de Jésus, avec simplicité et enthousiasme.
Une chose est claire : si nous restons attentifs à la présence de la sève en nous, c’est bon signe ; cela prouve que notre vigne veut vivre et porter du fruit. Dès lors, si nous sentons nos sarments encombrés ou paresseux, appelons le Vigneron ; et si le Vigneron est déjà passé, attendons les fruits, humblement, patiemment : ils viendront, au soleil de Dieu.
On dit avec raison que Jésus est la vraie vigne, qu’il a toujours produit du fruit en abondance. Aujourd’hui, notre fêtons « Notre-Dame de Fatima » ; elle aussi est une vigne de choix puisque « Le Saint-Esprit la couvrit de son ombre ». Prions Jésus et Marie de nous aider à devenir de bonnes vignes, des vignes selon le cœur de Dieu, des vignes généreuses qui auront appris à faire l’apprentissage de la résurrection, à produire des fruits de choix.
