Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 13 juillet 2020 – Matthieu 10,34—11,1
« Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».
C’est étonnant ! Jésus peut-il avoir dit une chose pareille ? Je ne suis pas venu pour apporter la paix, ma mission est d’apporter le glaive. Jésus est-il venu pour semer la discorde ? C’est curieux ! Partout dans le Nouveau Testament, il est question de paix. Il demande à ses disciples de proclamer un évangile de paix. Il dit ailleurs « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ». (Jn 14,27) Qu’est-ce qu’il faut comprendre ? Jésus apporte-t-il la paix ou le glaive ?
On sait bien que le mal doit être chassé pour que la paix arrive. Notre monde ne connaîtra pas la paix tant et aussi longtemps que le cœur de l’homme n’aura pas changé. Et comment le cœur de l’homme peut-il être changé ? Quand la croix apparaît dans sa vie, lorsque la croix de Jésus lui transperce le cœur. Je m’explique un peu.
Jésus dit : « Je suis venu apporter, non pas la paix, mais le glaive ». Imaginez que vous plantez un glaive, une épée en terre, à quoi ressemblerait-elle ? Elle ressemblerait à une croix. En plus, les deux sont des instruments de souffrance et de mort.
Qu’est-ce que ça fait une épée ? Ça sépare et ça divise. Jésus nous dit que c’est ce qui arrive lorsqu’il vient sur terre. Il engendre la division, l’évangile est clair là-dessus. La croix comme l’épée divise. Elle sépare, elle engendre une division entre les justes et les injustes ; elle crée un fossé entre ceux qui accueillent son message et ceux qui le rejettent. Son enseignement a pour effet de diviser les hommes entre eux, même ceux de la même famille. Vous connaissez probablement des gens qui, en accordant à Dieu la première place, ont vu leur famille prendre leur distance par rapport à eux.
Si elle a le pouvoir de diviser, l’épée a aussi le pouvoir de couper. Pensons simplement au scalpel du chirurgien qui est capable d’aller en profondeur. La croix a aussi le pouvoir de couper, de percer les cœurs de sorte que les pensées des hommes, les sentiments cachés de notre cœur, soient révélées au grand jour. Le vieillard Syméon le disait à Marie : « Toi-même, une épée te transpercera l’âme ». Il voit déjà que les pensées cachées de plusieurs seront révélées au grand jour par la prédication de Jésus.
En continuant, il fait une étonnante prédiction en tenant l’enfant dans ses bras, il déclare : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction ». Par la croix, cet enfant provoquera la chute, la mort et le relèvement, c’est-à-dire la résurrection de beaucoup de gens en Israël.
Je vous lis un extrait de saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens qui est éclairante là-dessus :
« Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu… Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Cor. 18.22-25)
