Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 13 février 2023 – Genèse 4,1-15.25
On se rappelle qu’Adam et Ève avaient déjà brisé les liens qui les unissaient à Dieu.
Aujourd’hui, nous entendons une autre histoire qui est d’une brûlante actualité, un lien de fraternité qui est brisé.
Ève avait donné naissance à un premier fils qu’elle avait appelé Caïn, puis à un deuxième qui portera le nom d’Abel.
Avec ces deux frères, c’est l’histoire d’une fraternité qui commence, une fraternité qui est appelée à grandir, malheureusement, c’est le contraire qui arrive.
Une histoire semblable a été racontée dans d’autres civilisations.
On voyait bien dans l’évangile d’hier que Jésus en savait quelque chose : « Tout homme qui se met en colère contre son frère… Si quelqu’un insulte son frère… si quelqu’un le traite de fou… va d’abord te réconcilier avec ton frère… ».
Faut-il dire que cette histoire est omniprésente dans notre monde.
Cette triste histoire commence par une petite jalousie, ce qui est souvent encore la cause de la violence dans notre monde. Ce sentiment de jalousie qui commence à surgir dans le cœur de Caïn quand il voit que son sacrifice n’avait pas été aussi bien accepté que celui d’Abel, ce qui paraît dans son attitude. « Le Seigneur lui dit : «Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ? » Mais la petite jalousie de Caïn continue de grandir et ira loin, jusqu’au meurtre de son frère.
Les rancunes qui naissent entre les hommes commencent presque toujours par quelque chose de petit.
Ce qui est arrivé dans l’histoire de Caïn et Abel peut très bien nous arriver à tous.
Devant cette attitude de l’homme, que fait le Seigneur ?
Il nous demande comme à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? ».
Caïn aurait pu répondre : « Oui, je sais où est Abel, mais je ne sais pas où est mon frère, parce qu’Abel n’est plus mon frère : j’ai détruit la fraternité. »
Je me demande si ce n’est pas ce qui arrive dans notre monde?
Quand Dieu demande à l’humanité « Où est ton frère, où est ta sœur ».
On pourrait bien lui répondre de la même manière que Caïn :
« Je sais où ils sont ceux que nous avons tués par nos bombes et nos champs de mines, mais ce ne sont pas mes frères, ce ne sont pas mes sœurs, j’ai détruit la fraternité ».
Pensons à tous ceux et celles que nous avons éloignés de nous, que nous n’avons pas traité comme des frères et des sœurs.
Dans l’Eucharistie qui nous rassemble, nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus. Pourquoi Jésus est-il mort sur une croix ?
Parce que ses œuvres de bonté ont suscité la jalousie des hommes, une jalousie qui l’a conduit à la mort comme dans l’histoire d’Abel.
Mais il est ressuscité le troisième jour parce qu’il n’a jamais cessé de nous aimer comme ses frères et ses sœurs.
La lettre aux Hébreux nous dit que le sacrifice de Jésus pour nos péchés « parle plus fort que celui d’Abel » (Hé 12,24)
Aussi, il est maintenant «est assis pour toujours à la droite de Dieu. (He 10,12)
