Mgr J-C Dufour-13 février 2019-Marc7, 14-23

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 13 Février 2019

( Marc 7, 14-23 )

 

Pourquoi Jésus insiste-il autant entre ce qui est extérieur et ce qui est intérieur en chacun et chacune de nous?
Parce qu’il sait que ça nous fait souffrir.

 

L’extérieur, c’est la zone du paraître, de la belle image que nous voulons donner de nous-mêmes et que nous poursuivons sans s’en rendre compte toujours. C’est l’image que nous projetons sur tout ce que nous faisons ou disons.

 

L’intérieur, c’est la zone du vrai, de l’authentique; c’est ce que nous sommes vraiment devant Dieu. C’est de là que jaillissent les gestes de bonté, de la fidélité quotidienne, mais aussi le lieu où bouillonnent l’agressivité et la rancœur, le lieu où se glissent le mépris et l’égoïsme, le lieu où naît le désir d’utiliser les autres à notre profit.

 

Nous connaissons tous cette division profonde qui est en nous, ce divorce qui existe entre l’être et le paraître, entre la personne que nous voulons être et celle qu’on laisse vivre en nous. La vie de tous les jours nous fait prendre conscience douloureusement de cette division en nous, une division qui nous empêche d’être heureux et totalement donnés.

 

C’est, par exemple, la souffrance de cet homme qui est tellement envahi par les soucis qu’il ne parvient plus à retrouver ses réflexes d’époux et de père.

C’est la souffrance des fiancés, qui, pour se rejoindre en vérité, doivent traverser toute une épaisseur d’habitudes égoïstes, d’attachement au passé ou de réflexes de possession.

C’est la souffrance de l’épouse qui se sent aimée dans ce qu’elle est extérieurement et délaissée dans ce qui fait sa vie profonde et sa véritable richesse.

C’est la peine des hommes et des femmes qui vivent en communauté, qui sont capables de raconter des moments de leur vie sans pouvoir partager vraiment leurs grandes convictions, leurs expériences les plus évangéliques.

 

Un jour les pharisiens s’approchèrent de Jésus pour lui demander pourquoi ses disciples ne se lavaient-ils pas les mains avant de manger.
Jésus leur avait répondu, ce qui était net et clair : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi»
Ça pourrait bien nous arriver.
Nous chantons le Seigneur, nous le louons, nous le remercions, mais notre cœur pourrait bien être déjà parti au loin.

 

Cette division intime qui nous habite, ce divorce qui nous fait souffrir chaque jour, le Christ Jésus veut le chasser de notre vie.
C’est pourquoi il pouvait dire un jour que si on était fidèle à sa parole, on serait vraiment ses disciples, qu’on connaîtrait la vérité et que la vérité nous rendrait libres.

 

Si Jésus insiste autant entre ce qui est extérieur et ce qui est intérieur en chacun et chacune de nous, c’est qu’il veut réconcilier en nous l’être et le paraître.
Lui seul peut vraiment nous guérir de nos illusions et faire de nous des hommes nouveaux, des femmes nouvelles enfin capables d’aimer.
Mais il ne faut jamais l’oublier, la route vers la liberté, il nous l’a dit dans un de ses discours les plus importants, c’est le chemin étroit des béatitudes.