Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 12 octobre – Jour de l’Action de grâce – Matthieu 13,1-9
Il n’y a pas longtemps, nous avons prié un psaume. J’ai été particulièrement frappé par un verset « la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres » (Ps 144,9).
Il me semble que c’est le sens de la fête de l’Action de grâce, la fête de la reconnaissance, l’occasion de dire merci. Dire merci, c’est un des plus beaux gestes de la vie humaine, parce que pour dire merci, il faut apprendre à recevoir, à apprécier le geste de la personne qui donne. C’est garder au cœur la mémoire d’un bienfait reçu. Quand on a préparé la fusion de nos paroisses en un seule, les présidents de fabrique se rencontraient au restaurant au moins une fois par mois. Quand j’avais fini de déjeuner, j’allais voir la jeune fille qui nous avait servi pour lui dire merci. C’est fort un merci. Par la suite, elle s’approchait rapidement pour me demander ce que je voulais.
La fête d’aujourd’hui souligne la générosité de la nature, la récolte des fleurs, des fruits et des légumes. Elle veut souligner les couleurs d’automne qui s’affirme.
Malheureusement on a du mal à reconnaître la tendresse du Seigneur pour ses œuvres. On n’a jamais autant magané la lettre. On oublie que cultiver la terre, ce n’est pas la soumettre, la violer, la torturer, en briser les équilibres. Il est temps de s’arrêter de se prendre pour le bon Dieu. Il faut se reconnaître comme des créatures, des partenaires du bon Dieu, vivre en famille avec notre frère soleil, notre sœur lune, avec les plantes et les animaux, comme le disait Saint François.
Le prophète Élie avait appris à être partenaire de Dieu. « Lorsqu’il a prié avec insistance pour qu’il ne pleuve pas, il n’est pas tombé de pluie sur la terre pendant trois ans et demi ; puis il a prié de nouveau, et le ciel a donné la pluie ».
Avant de faire sa vie, il faut apprendre à la recevoir. Jésus nous invitait à « observer les lis… Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. » Vivre dans la création de Dieu, c’est d’abord accueillir la vie de Dieu, se recevoir soi-même comme un don que Dieu nous fait. Chaque matin, on devrait apprendre à dire merci à la vie, merci à Dieu pour l’existence même qui coule en nous. Découvrir la joie d’être. Avant tout travail, toute transformation, il faudrait accepter de n’être qu’un chant, qu’un cri d’émerveillement devant la grâce que Dieu nous fait. Alors nous serons semblables à ces grains « tombés dans la bonne terre, ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
L’Action de grâce, c’est dire merci à Dieu d’être ce qu’il est, un créateur présent et amoureux. C’est accepter d’être une créature, accepter de se recevoir soi-même comme un cadeau, avec amour et émerveillement. Comme dit le psaume « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : * étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait. » (Ps 138,14) L’Action de grâce, c’est dire merci, c’est rendre grâce pour grâce. C’est déjà l’Eucharistie.
Prêtons notre voix au chant de toute la terre qui dit à Dieu sa reconnaissance. Que notre cœur vibre aujourd’hui à la générosité de la terre et à l’amour de Dieu qui nous donne son Fils Jésus dans cette eucharistie.
