Mgr J-C. Dufour 12 novembre 2025 –  Luc 17, 11-19

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 12 novembre 2025 –  Luc 17, 11-19

 

En commentant cet évangile, on aime souvent s’arrêter sur celui qui est revenu sur ses pas pour remercier Jésus. C’était un étranger, un samaritain qui, fou de joie, se jette à terre contre les pieds de Jésus, en lui rendant grâce. Mais, ce matin, ce n’est pas sur lui que je veux m’arrêter, mais sur Jésus.

Ce n’était pas drôle la lèpre au temps de Jésus. On était condamné à vivre en marge de la société humaine. De fait, c’est à l’entrée d’un village que Jésus entend qu’on l’appelle : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » Dix lépreux sont là, compagnons de misère, mais décidés à saisir la chance de leur vie, la dernière chance peut-être. Ils se tiennent à distance. Ils en ont l’habitude. Peut-être aussi qu’ils ne veulent pas indisposer Jésus en osant s’approcher trop près. Jamais la distance ne leur a paru si dure à supporter.

Il en est ainsi pour nous! Nous pensons que notre lèpre nous rend indignes de l’amour du Seigneur, qu’elle va le rebuter. Comme le disait saint Paul dans sa lettre à Tite :
« Car nous aussi, autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de plaisirs ; nous vivions dans la méchanceté et la jalousie, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres. » (Tite 3,3) Nous avons peur de nous approcher de Dieu tels que nous sommes. Le Seigneur nous aime tout lépreux que nous sommes, car il n’y a pas de place dans le cœur de Dieu pour le rejet ou le dégoût. Saint Paul dans la lettre aux Romains nous dit :
«  ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8,39)

Nous imaginons sans cesse qu’une distance nous sépare du Christ. Or jamais le Christ n’est plus proche que lorsque nous souffrons, lorsque nous sentons le poids de la solitude et que nous nous croyons coupés de tout secours humain

Jésus ne brusque rien. Il respecte la gêne des lépreux qui se sentent si laids et si peu agréables. Il ne leur dit pas : « Approchez, approchez donc ; je vais vous guérir ! », mais, avec beaucoup de douceur et de doigté : « Allez-vous montrer aux prêtres. »  C’est à eux qui leur revenaient de faire le constat officiel de la guérison.

Le seul qui est revenu sur ses pas, le samaritain, a pris conscience que le Christ l’aimait au point de le guérir. Il a pris conscience d’une évidence bouleversante : « Jésus l’a aimé ». Il vient se prosterner aux pieds du Maître, pour lui dire avec son corps guéri, avec un cœur comblé de joie, le merci qui ne revient qu’à Dieu.

C’est ce que nous venons faire à la chapelle ce matin, nous incliner et exprimer un merci qui revient à Dieu seulement,
« à celui nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. »