Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 12 Juillet 2019
( Matthieu 10, 16-23 )
« Seigneur… ne cesse pas d’envoyer l’Esprit de patience et de charité aux chrétiens persécutés… »
C’est la prière que nous venons d’exprimer au début de cette eucharistie. On demande la patience et la charité pour les chrétiens persécutés, mais il faudrait bien ajouter « pour nous tous aujourd’hui ».
Si l’Église met cette prière dans notre bouche et dans notre cœur, il me semble que c’est pour deux raisons : elle sait bien que nous en avons toujours besoin et puis elle sait bien encore qu’elle peut faire confiance à Celui qui peut nous l’accorder.
Si nous demandons la patience et la charité ensemble, c’est parce que ces deux vertus sont inséparables. La patience est une vertu qui s’enracine dans la charité. Saint Paul l’avait bien compris en écrivant son hymne à l’amour : « L’amour prend patience ; … il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. »
Cet amour qui prend patience, Jésus l’a vécu une première fois en visitant son village.
Il a supporté le jugement de ses compatriotes, il a enduré leur manque d’accueil dans la synagogue. Ce que Jésus a vécu ce jour-là, nous savons bien qu’il le vivra toute sa vie, faisant à maintes reprises preuve d’une patience qui s’enracine dans la charité.
J’ai lu que dans le mot « patience », il y a le mot « pâtir ». Jésus est allé jusque là.
Pas facile d’être patient, de tout supporter, de tout endurer.
Pas facile d’accepter de pâtir ou de souffrir.
Pas facile de souffrir du défaut des autres, en oubliant que ceux qui vivent avec nous ont besoin d’une bonne dose de patience parce que, nous aussi, on a des défauts.
La difficulté vient souvent du regard que nous portons sur les autres parce que, ce que nous voyons presque toujours en premier, ce sont leurs défauts. On ne supporte pas d’avoir à souffrir de leurs défauts.
Il faut donc apprendre à avoir sur eux un regard indulgent et bienveillant à la manière de Jésus. Quand on préparait les petits enfants au premier pardon, on les invitait à mettre leurs lunettes à cœur, c’est-à-dire à développer un regard indulgent et bienveillant pour les autres.
En demandant au Seigneur « d’envoyer son Esprit de patience et de charité », l’Église fait confiance à son Seigneur, sûre qu’il peut répondre à sa prière de nous accorder ce que nous lui demandons parce que nous souffrons de cette situation.
Nous pouvons le demander au Seigneur parce que, comme saint Paul le disait aux Romains, il y en a en Dieu des trésors de bonté, de longanimité et de patience. (Rm 2,4)
« Seigneur, accorde-nous la grâce de regarder les autres comme toi tu les vois.
Que seules des pensées qui bénissent demeurent en nos esprits.
Donne-nous d’être bienveillant et joyeux
de telle sorte que ceux et celles qui nous approchent sentent ta Présence.
Revêts-nous de ta beauté, de ta patience et de ta charité,
Seigneur, de telle sorte que nous te fassions connaître tout au long de ce jour. »
