Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 12 Janvier 2019 – Ste Marguerite Bourgeoys
( Jean 15, 9-17 )
Je pourrais bien ce matin vous parler des œuvres et des réalisations de sainte Marguerite Bourgeoys, qu’on a appelé la « Mère de la colonie ». Je me contenterais alors d’un regard purement historique.
Saint Paul disait aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal 2,20).
C’est ce regard plus intérieur que je vous propose sur cette sainte de chez nous.
Tout a commencé pour elle un an après le décès de sa mère.
Elle participe à une procession de l’honneur de Notre-Dame du Rosaire et remarquant une sculpture de la Sainte Vierge, elle se sent légère et joyeuse. Ce jour-là, sa vie paisible est transformée par une grâce particulière, une conversion dit-elle. Alors elle désire se consacrer à Dieu dans une communauté religieuse, mais des refus étranges d’admission dans des communautés contemplatives la laisse disponible pour la Nouvelle France.
Elle effectue plusieurs voyages en France pour recruter de jeunes femmes pour la seconder et l’aider dans l’éducation des jeunes. Sa présence sur les bateaux était déjà toute une prédication entraînant des conversions puisque, dit-on : « ils étaient changés comme le linge qu’on met à la lessive ». C’est une communauté de « vie voyagère » qui en train de naître difficilement.
Communauté de « vie voyagère » parce que ces femmes veulent suivre l’exemple de Marie qui, je vous l’ai déjà dit, avait dû parcourir 130 km pour aller donner un coup de main à sa vieille cousine. Sainte Marguerite écrit :
« Si la Sainte Vierge n’a jamais été cloîtrée. Elle a bien été retirée dans sa solitude intérieure, mais elle ne s’est jamais exemptée d’aucun voyage de charité à exercer. Nous voudrions la suivre en quelque chose. La règle de la charité est celle que la Sainte Vierge a prescrite à tous ceux qui ont eu l’honneur d’être à sa suite. »
Aussi, n’étant à la charge de personne, ces femmes enseignent et font le catéchisme tout au long des rives du St-Laurent, à pied, à cheval ou en bateau.
Il y a des points communs entre cette petite communauté naissante et celle des Servantes de Jésus Marie.
Les filles de Marguerite Bourgeoys reconnaissent Marie comme leur mère et protectrice; elles récitent le chapelet en remerciant Dieu pour les faveurs qui leur sont faites. Elles accordent beaucoup d’importance à l’adoration eucharistique, adorant Jésus présent dans le tabernacle de leur chapelle. Le nom de religieuse de Marguerite Bourgeoys était sœur Marguerite du Saint-Sacrement. C’est dans sa dévotion mariale et son amour de l’Eucharistie qu’elle puisait la force nécessaire pour poursuivre sa mission d’évangélisation, enseignant que la prière doit partir du cœur comme de son centre.
Celle qui a dû affronter des défis énormes au cours de sa vie portait en elle tout un secret, le secret le plus merveilleux qui soit, celui de sa foi et de sa confiance en Dieu.
Dans son testament spirituel rédigé deux ans avant sa mort, elle écrit : « Il est vrai que tout ce que j’ai toujours le plus désiré, et que je souhaite encore le plus ardemment, c’est que le grand précepte de l’amour de Dieu par-dessus toutes choses et du prochain comme soi-même soit gravé dans tous les cœurs.»
Comme sainte Marguerite Bourgeoys, nous sommes les amis de Dieu.
Mais notre chemin à nous n’est pas terminé. Cette femme qui voulait que sa communauté suive Jésus « dans sa vie étrette » (ce sont ses propres mots), c’est-à-dire dans sa vie humble et pauvre, peut nous inspirer confiance et amour et don de soi.
Bénissons le Seigneur de l’avoir mis sur la route de notre histoire
