Mgr J-C Dufour-11octobre 2018-Sainte Marie, Mère de l’Église-Jean 19, 25-27

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 11 octobre 2018 – Sainte Marie, Mère de l’Église

( Jean 19, 25-27 )

 

« Femme, voici ton fils ». Étrange manière de s’adresser à sa mère !
Pourquoi Jésus n’a-t-il pas dit :
« Maman, tu le sais, je n’en ai pas pour longtemps à vivre, j’ai demandé à mon disciple bien-aimé de prendre soin de toi et je te demande à toi de le traiter comme si c’était ton Fils, comme si c’était moi. »

 

Jésus a utilisé ce terme de « femme » à d’autres moments dans l’évangile. « Femme, te voici délivrée de ton infirmité » (Luc 13,12) avait-il dit à la femme toute courbée dans la synagogue.
Il dira à la samaritaine « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » (Jean 4,21)
Il avait même utilisé cette même expression en s’adressant à sa mère aux noces de Cana : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » (Jean 2,4)

 

Il ne faut pas s’imaginer qu’en utilisant cette expression au pied de la croix, Jésus a voulu manifester moins d’affection à sa mère. Ce jour-là, en public, il n’a pas voulu donner à Marie un nom qui faisait référence aux liens de famille ou le nom tendre qu’il employait à Nazareth. Ce qu’il a voulu, c’est donner à Marie un nom qui faisait référence à sa fonction, à sa mission dans le plan de Dieu.

 

Rappelez-vous que, dans le récit de la Genèse, Dieu avait dit au serpent :
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » (Genèse 3,5)
Remarquez bien l’expression ! Dieu ne dit pas « je mettrai une hostilité entre toi et Ève », mais entre toi et la femme.
Cette femme, ce sera Marie, la mère du Messie-Sauveur, cette femme qui sera victorieuse du Prince de ce monde, cette femme qui sera active, comme une mère, pour le salut des hommes.

 

Aux noces de Cana, Jésus avait dit à sa mère que son heure n’était pas encore venue, mais ce jour-là, l’heure était venue, cette heure où Marie et Jésus vivent une communion intense de volonté et d’offrande. C’est l’heure où le Prince de ce monde est jeté dehors, l’heure où triomphe le Messie, l’heure de la victoire aussi pour la Femme, sa Mère. La première Ève fait place à la nouvelle Ève ; celle qui enfantait des êtres mortels cède sa place à celle qui, dans les douleurs de la croix, enfante pour la vie.

 

Le jour de l’Annonciation, l’archange Gabriel avait annoncé à Marie qu’elle avait trouvé grâce auprès de Dieu et qu’elle enfanterait un fils qui sera grand, le Fils du Très-Haut, qui aura un règne sans fin, et Marie avait dit « Oui », « Que tout m’advienne selon ta Parole. »
Au pied de la croix, on voit que Marie va jusqu’au bout de son Fiat. Elle dit « oui » à nouveau à la parole de Jésus qui lui dit : « Voici ton Fils ». En disant « oui », elle accepte de poursuivre sa tâche maternelle auprès de chacun et chacune de nous.

 

« Puis Jésus dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » (Jean 19,27)

 

Dans son immense amour, Jésus a fait don de sa mère au disciple qu’il aimait, à l’Église qu’il aime et à toute l’humanité. Ce don de Marie est le testament de Jésus au monde. On peut donc dire que Dieu a aimé Marie, il l’a aussi aimée pour nous.

 

En nous donnant Marie comme Mère, Jésus nous la présente en même temps comme un modèle à suivre. C’est normal que les enfants reflètent quelque chose de leur mère. Jésus nous appelle à refléter les mérites et les vertus de Marie, de notre Mère. À partir de l’annonce de l’ange, Marie a vécu toute sa vie comme un tournesol, toujours tournée vers son Fils.
Nous sommes invités à vivre comme elle, à nous tourner vers le Christ comme le tournesol se tourne vers la lumière.