Mgr J-C. Dufour – 11 novembre 2020 – Luc 17,11-19

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE :  11 novembre 2020 – Luc 17,11-19

 

D’habitude, quand on fait une homélie sur cet évangile, on s’arrête sur le seul qui est revenu remercier Jésus, un samaritain qui est revenu, fou de joie, en ne cessant de remercier Dieu à pleine voix. Mais, aujourd’hui, je veux m’arrêter sur Jésus.

 

Ce n’était pas drôle la lèpre au temps de Jésus. On était condamné à vivre en marge de la société humaine. De fait, c’est à l’entrée d’un village que Jésus entend qu’on l’appelle : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »  Dix lépreux sont là, compagnons de misère, mais décidés à saisir la chance de leur vie, la dernière chance peut-être. Ils se tiennent à distance. Ils en ont l’habitude. Peut-être aussi qu’ils ne veulent pas indisposer Jésus en osant s’approcher. Jamais la distance ne leur a paru si dure à supporter.

 

Il en est ainsi pour nous. Nous pensons que notre lèpre nous rend indignes de l’amour du Seigneur, qu’elle va le rebuter. Comme le dit saint Paul dans la première lecture : « Nous aussi, autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises. »  Nous avons peur de nous approcher de Dieu tels que nous sommes. Le Seigneur nous aime tout lépreux que nous sommes, car il n’y a pas de place dans le cœur de Dieu pour le rejet ou le dégoût. Saint Paul, toujours dans la première lecture ajoute : « Lorsque Dieu, notre sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes. »

 

Nous imaginons sans cesse qu’une distance nous sépare du Christ. Or jamais le Christ n’est plus proche que lorsque nous souffrons, lorsque nous sentons le poids de la solitude et que nous nous croyons coupés de tout secours humain.

 

Jésus ne brusque rien. Il respecte la gêne des lépreux qui se sentent si laids et si peu agréables. Il ne leur dit pas : « Approchez, approchez donc ; je vais vous guérir ! », mais, avec beaucoup de douceur et de doigté : « Allez-vous montrer aux prêtres. »  C’est à eux qui leur revenaient de faire le constat officiel de la guérison.

 

Le seul qui est revenu sur ses pas, le samaritain, a pris conscience que le Christ l’aimait au point de le guérir. Il a pris conscience d’une évidence bouleversante : « Jésus m’a aimé ». Il vient se prosterner aux pieds du Maître, pour lui dire avec son corps guéri, avec un cœur comblé de joie, le merci qui ne revient qu’à Dieu.

 

C’est ce que nous venons faire à la chapelle ce matin, nous incliner et exprimer un merci qui revient à Dieu seulement, « à celui nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. »