Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 11 Novembre 2018 – 32e Dimanche Ordinaire « B » ( Marc 12, 38-44 )
Liturgie des Heures : semaine : IV
Imaginons la scène un moment !
Nous sommes à Jérusalem, le grand lieu de pèlerinage pour les Juifs. Il y a plein de pèlerins qui vont et viennent, qui s’émerveillent devant la beauté du Temple. Jésus est là, assis dans le Temple, juste en face de la salle du trésor où il y avait une rangée de 13 troncs pour recevoir les offrandes. Il remarque au milieu des riches qui déposent de grosses sommes une pauvre veuve qui dépose deux cents noires.
Et il affirme à ses disciples :
« Jésus appela ses disciples et leur déclara : “Amen je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le trésor plus que tous les autres.”
Jésus admire le geste de la pauvre veuve, et pourtant, il ne se lève pas pour aller la féliciter, il la fait remarquer à ses disciples, mais il ne la donne pas en exemple comme il le fait assez souvent dans d’autres scènes de l’évangile. On peut bien se demander pourquoi ?
On retient souvent cette scène, mais il ne faut pas oublier la première partie de l’évangile. On prêchait à l’époque que la seule place où on pouvait rencontrer Dieu, c’était dans le Temple de Jérusalem. Et quand on a cette conviction, on comprend qu’il y ait autant de troncs pour recevoir les offrandes, que les gens soient fortement incités à être des plus généreux pour soutenir cet édifice. Alors on peut imaginer que la pauvre veuve est victime d’un système religieux, victime des grands-prêtres et des scribes qui font des pieds et des mains pour soutenir le Temple qu’eux-mêmes déshonorent par leur conduite comme Jésus vient de le dire au début de l’évangile. Parlant des scribes, il les décrit comme des gens “qui dévorent les biens des veuves”. Dans le même contexte, on peut se souvenir de ce moment où Jésus avait chassé les vendeurs du Temple.
Si Jésus ne s’est pas levé pour aller féliciter la pauvre veuve, s’il ne l’a pas donné en exemple à ses disciples, il n’en reste pas moins émerveillé devant le geste de cette pauvre veuve.
Alors, c’est quoi le message de l’évangile ?
Pourquoi a-t-il attiré l’attention des disciples sur son geste ?
À partir de l’évangile, on aurait pu imaginer ce matin un petit visuel !
Sur une table à l’entrée de la chapelle, on aurait placé deux cents noires dans un plateau avec une petite note qui dirait : “Elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.”
Et, sur une autre petite table, dans un plateau, on aurait placé le pain et le vin de l’Eucharistie, aussi avec une petite note qui dirait : “Il a tout donné, tout ce qu’il avait pour vivre.”
Vous avez remarqué l’insistance de Jésus quand il dit à ses disciples : “Amen, je vous le dis”, le ton est solennel, “j’ai quelque chose d’important à vous dire”. Et trois fois, en quelques lignes, il utilise le mot “ TOUT ” : “TOUS les autres… TOUT ce qu’elle possédait… TOUT ce qu’elle avait.” On voit bien que Jésus insiste sur l’aspect radical du geste de la pauvre veuve qui n’a rien gardé pour elle, mettant sa vie en danger en quelque sorte.
Pour Jésus, le geste de la veuve révèle ce qu’il y a dans le cœur de Dieu.
En nous donnant Jésus, Dieu ne nous a pas donné ce qu’il avait en trop, mais ce qu’il avait de plus précieux, son propre Fils. Il se reconnaît lui-même dans le don radical de la veuve.
Saint-Paul le rappelait aux Corinthiens dans une lettre : “Pour vous, le Seigneur Jésus Christ, de riche qu’il était, s’est fait pauvre, afin de vous enrichir de sa pauvreté.”
Dieu nous a tout donné comme la veuve du Temple ! C’est le cœur même de notre foi. Le geste de la veuve, c’est un geste à contempler parce que c’est un geste qui nous révèle la profondeur du cœur de Dieu.
Je vous ai dit tantôt que la pauvre veuve était victime, victime d’un système religieux et victime des scribes. Jésus aussi ! Comme la veuve, il a été victime des grands-prêtres et des scribes parce qu’il a dénoncé leur hypocrisie, leur façon d’agir en disant, par exemple : « Pour l’apparence, ils font de longues prières .»
Réunis pour célébrer l’Eucharistie, nous allons déposer sur l’autel, tantôt, un petit peu de pain, un petit peu de vin pour nous rappeler que Jésus, comme la veuve, nous a tout donné, jusqu’à sa propre vie. Il se donne encore à nous aujourd’hui.
Jésus s’est émerveillé devant le geste de la veuve !
Émerveillons-nous aussi devant le geste de Jésus !
Rendons-lui grâce et bénissons-le parce qu’il continue de se donner à nous, pas pour soutenir un temple de pierre, mais le Temple de son Église dont nous faisons partie, pour nous faire vivre.
