Mgr J-C. Dufour- 11 mai 2020 – Actes des Apôtres 14,5-18

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 11 mai 2020 – Actes des Apôtres 14,5-18

 

Samedi dernier, je vous disais qu’il s’était produit un tournant majeur dans la vie de Paul et Barnabé et de l’Église. Les Juifs n’acceptant pas leur message, ils décident de se tourner vers les païens qui sont tout heureux de les entendre.

Nous avons ce matin une autre étape très importante dans la vie de Paul et Barnabé. Jusque-là, ils faisaient affaire avec des juifs, mais cette fois, ils vont rencontrer une population totalement païenne. Ils vont être confrontés à d’autres cultures, ce qui n’était pas évident.

Vous vous rappelez qu’à la porte du Temple Jean et Pierre avaient guéri un infirme de naissance qui s’était mis à gambader dans le Temple en louant Dieu. À la foule ébahie, Pierre explique le miracle en invoquant « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères » qui a relevé Jésus d’entre les morts. Ce même Jésus, dit-il, a relevé maintenant cet homme. Le discours, qui a un certain succès dans le peuple, a été interrompu par les responsables du Temple qui les font arrêter.

À Lystres, en plein territoire païen, Paul fait un miracle semblable. Là aussi, il y a un homme paralysé de naissance. Là aussi, Paul comme Pierre fixe intensément du regard l’homme infirme avant de le guérir. Là aussi, comme Pierre, il ne s’attribue pas à lui-même la guérison. Là aussi, il y a le même décor, un temple, non pas le Temple de Jérusalem mais le temple de Zeus. Là aussi, Paul subira de mauvais traitements, il sera lapidé et traîné hors de la ville.

Mais ce qu’il faut noter avant tout, c’est que Paul ne peut faire le même discours que Pierre, il ne peut pas parler du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, les païens n’auraient rien compris. Paul invoque « le Dieu qui a créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ». C’est un Dieu qui donne la vie, un Dieu bienfaiteur et il manifeste sa bienveillance à toutes les nations.   Paul et Barnabé invitent leurs auditeurs à se détourner des dieux qui sont pareils aux hommes pour se tourner vers un Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre, qui n’a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits.

Si Paul et Barnabé découvraient qu’annoncer l’évangile aux païens était toute une chance, ils découvraient en même temps les risques de cette ouverture. On les prenait pour des dieux ; le prêtre du temple voulait leur offrir un sacrifice. Ils ont dû se défendre, se précipiter vers la foule pour l’en empêcher.

Vraiment, les premières paroles du psaume sont appropriées :

« Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous,
mais à ton nom, donne la gloire
pour ton amour et ta vérité. »

C’est la première fois que la prédication des apôtres s’adresse à des non-juifs, mais à des gens, à des Grecs qui ne partagent pas la foi juive. C’est un Dieu créateur et providence qui est annoncé sans aucune allusion à l’histoire d’Israël et aux prophéties.

Si on pense qu’on vit parfois de grands changements, ce n’est rien à côté de ceux qu’avaient à vivre Paul et Barnabé.   L’Église ne sera pas l’affaire du monde juif, mais elle sera universelle. La Bonne Nouvelle doit être annoncée à tout homme. « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. »