Mgr J-C. Dufour- 11 juillet 2020 – Matthieu 10,24-33

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 11 juillet 2020 – Matthieu 10,24-33

 

Si on demandait aux gens de s’exprimer sur leurs peurs, je suis sûr qu’on aurait des réponses semblables à celles-ci : peur d’être malades, peur de perdre notre travail, peur des voleurs, peur de vivre seuls, peur de perdre notre réputation, peur d’être attaqués, peur d’être séparés de ceux qu’on aime, peur de mourir. Les croyants y ajouteraient sans doute leurs peurs devant ce qui se passe dans notre Église. On sait bien que ces peurs existent, mais sont-elles les plus importantes ?

Demandez aux gens s’ils ont peur de ne pas assez aimer Dieu et leur prochain. Demandez-leur s’ils ont peur de ne pas assez partager leurs biens. Demandez-leur s’ils ont peur de ne pas avoir pris assez l’Évangile au sérieux, de ne pas avoir assez prié, de ne pas avoir assez parlé de Jésus-Christ.   Je pense que, si on posait des questions semblables, les gens nous regarderaient, les yeux agrandis, remplis d’étonnement.   On ne s’imagine même pas qu’on pourrait avoir peur pour des choses semblables.

Dimanche dernier, Jésus demandait à ses apôtres, comme il nous demande encore aujourd’hui, de porter attention aux foules des gens fatigués et abattus, pour leur porter la paix, les guérir, les libérer et les faire vivre. L’Évangile nous révèle que nous avons une bonne nouvelle à crier sur les toits, dans les médias, dans les débats de société, au cœur même de notre travail. Qui d’autres que les chrétiens peuvent porter cette bonne nouvelle ?

C’est une mission qui comporte des risques, Jésus ne s’en est jamais caché ! Par trois fois dans l’évangile d’aujourd’hui, il nous dit : « Ne craignez pas… n’ayez pas peur. »  Jésus nous invite, non seulement à nous ranger du côté du Christ, mais aussi à prendre position contre l’injustice et l’intolérance, à combattre tout ce qui n’est pas conforme à l’évangile, à risquer notre image auprès de ceux qui nous regardent, à nous montrer fermes dans notre foi, à garder confiance.

Nous avons souvent peur pour pas grand-chose et pas assez peur pour ce qui devrait nous faire peur. Jésus veut que nous vivions d’amour non de peur. Ce qu’il attend de nous, c’est que nous soyons tendus vers lui, vers nos frères et nos sœurs. Ce qu’il souhaite, c’est que nous n’ayons pas peur parce que nous sommes assurés que l’Esprit habite en nous, nous protège et nous conduit vers le Père.

Notre mission, c’est de proclamer le mystère d’amour de Dieu, c’est de dire à tous ceux qui ne savent pas qu’ils ont un Père qui les aime.

Nous fêtons aujourd’hui saint Benoît. Il n’a pas vécu dans la peur. Il avait une confiance inébranlable en la divine Providence. Il fut le chercheur de trésor dont nous parle un évangile, un trésor qu’on n’a jamais fini de découvrir, qu’on a toujours à creuser sans cesse. Il fonda douze monastères et les dota d’une règle dont on a toujours loué la sagesse humaine et surnaturelle. Cette règle est un fidèle reflet de l’évangile ; elle a inspiré et inspire encore aujourd’hui des chrétiens dans tous les états de vie.

Pendant notre célébration aujourd’hui, demandons au Seigneur de nous donner de mieux entendre son message, de nous le révéler à nouveau dans le creux de l’oreille et dans les profondeurs de notre cœur. Demandons-lui l’Esprit d’amour et de force pour repartir avec confiance et savoir proclamer son message par toute notre vie.