Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 novembre 2019 – -32e dimanche ordinaire «C» (Luc 20, 27.34.38)
Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine IV
Souvent, à l’occasion de funérailles, on m’a posé des questions sur la vie après la mort. Est-ce qu’il est au ciel ? Où est-il rendu ? Est-il toujours vivant ? Des questions qu’on se pose depuis toujours ! Pourtant, quand nous disons le « Credo », nous affirmons que nous croyons en la résurrection de la chair. Nous croyons, comme bien d’autres, à la Parole de Jésus. Mais il y en a qui n’y croient pas ; ils voient dans cette foi la projection d’un désir d’immortalité pour nous consoler d’une mort inévitable.
Quand je lis l’évangile, j’admire donc la finesse de Jésus ! Il faut savoir que, contrairement aux autres Juifs, les sadducéens ne croyaient qu’aux cinq premiers livres de la bible. Ils se méfiaient des autres livres et surtout de cette nouvelle foi en la résurrection qui n’avait que deux siècles à leur époque. Jésus se montre habile ! Il commente un texte de la Bible que tous les juifs, sans exception, même les sadducéens, reconnaissent comme venant de Dieu lui-même. Il rappelle ce récit où Moise appelle Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et il continue en l’appelant le Dieu des vivants alors que ça fait déjà six siècles qu’ils sont morts. Dieu ne peut pas être le Dieu de quelqu’un qui n’existe plus. S’il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, c’est que ceux-ci vivent encore en lui. Tellement habite, Jésus, que l’évangile nous dit que plus personne ne voulait l’interroger !
Contrairement aux sadducéens, les pharisiens croyaient en la résurrection, mais ils avaient une foi plutôt naïve ! Ils imaginaient que la vie des ressuscités ressemblerait à notre manière de vivre sur la terre, moins toutes les imperfections, les souffrances, etc. On pourrait se promener dans la nature, participer à des banquets, à des concerts de musique extraordinaire. Tout ce qu’il y a de bon sur la terre serait comme amplifié. On n’est peut-être pas si loin des pharisiens ! On a une tendance à conférer un caractère d’éternité à nos réalisations terrestres. On voit souvent la vie éternelle comme la projection de nos plus beaux rêves, comme une sorte de vie terrestre illimitée. On cherche à concevoir la vie après la mort à partir de nos propres craintes, de nos espoirs, de nos désirs, nos doutes, nos manières de vivre bien terrestre.
Pas Jésus ! Il renverse complètement la perspective ! Il nous invite à concevoir la vie après la mort, non pas à partir de nos perceptions, mais à partir de notre foi en un Dieu qui est pour la vie. En quel Dieu croirions-nous si ce Dieu abandonnait à la mort ceux et celles qui ont choisi librement de croire en lui comme au Dieu de la vie. Dimanche dernier, dans la première lecture, il y avait un texte qui allait absolument dans ce sens : « Seigneur, Tu aimes tout ce qui existe. Tu n’as aucune répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé » (Sag 11;24)
On ne peut pas dire que Jésus répond aujourd’hui à toutes nos questions sur la résurrection. On a même l’impression qu’il ne veut pas donner de comparaisons tellement la vie de ressuscité est différente. Ce n’est pas une vie qui prolonge notre vie d’ici-bas, c’est une nouvelle vie, une vie neuve ! Une vie bien différente ! .
C’est inspirant pour notre vie ! En croyant à la « résurrection de la chair », nous ressemblerons aux disciples de Jésus qui ont cru que tout ne s’était pas terminé avec sa mort, mais qu’il est ressuscité le 3e jour. Nous ressemblerons à toutes ces générations d’hommes et de femmes qui ont cru, à cause de la résurrection de Jésus, que leurs aspirations, leurs désirs, leurs amours, leurs amitiés ne se brisaient pas sur le mur de la mort. Nous comprendrons, à la suite de Jésus, qu’il n’est pas vain de vouloir aimer toujours, qu’il n’est pas vain de rêver à une solidarité universelle réalisée dans la vie même de Dieu. En croyant à « la résurrection de la chair », nous rejoignons un grand désir de Dieu qui est de nous donner la vie en abondance. Nous ouvrons comme une grande porte qui permet à notre vie présente de ne pas s’épuiser sur elle-même.
Nous sommes rassemblés pour faire mémoire de la résurrection de Jésus, croyant que cette résurrection nous annonce notre avenir. Puisse notre célébration et nos prières enraciner profondément dans notre cœur les paroles de Jésus et faire grandir notre foi dans la résurrection de la chair.
