Mgr J-C Dufour-10 Novembre 2018-St Léon le Grand-Luc 16, 9-15

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 10 Novembre 2018 – Saint Léon le Grand

( Luc 16, 9-15 )

 

« Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête. »
Paroles des plus audacieuses de la part du Seigneur, ce qui amène les pharisiens à les tourner en dérision. Pourtant, au fond, ils sont atteints par ses paroles. Ils cachent une gêne parce que ces paroles de Jésus révèlent un esclavage dont ils souffrent : « eux qui aimaient l’argent » nous dit saint Luc.

 

On pourrait bien penser, en nous appuyant sur cette parole de Jésus, que tout argent est malhonnête pour lui, que l’argent devrait nous brûler doigts. Je ne pense pas que Jésus soit d’accord avec cette façon de voir. À un certain moment de sa vie, il a dû travailler comme Joseph en comptant sur son salaire sachant bien que Marie l’attendait sans rien dire. Dans le groupe des douze qu’il avait formé, il y avait un économe un peu trop près de ses sous. Devenant esclave de l’argent, il a trahi son Maître. Et puis, il y avait des femmes et beaucoup d’autres qui soutenaient Jésus et ses Apôtres. Jésus ne leur a jamais dit « Votre argent, gardez-le pour vous, il est malhonnête. »

 

Alors, qu’est-ce que Jésus veut dire en nous parlant d’argent malhonnête ?
Il veut sans doute nous parler de cet argent qui est gagné de façon malhonnête. C’était bien le cas du gérant habile de la parabole qui se sert de l’argent de son maître pour se faire des amis.
Mais, je pense que l’argent malhonnête, c’est surtout celui qui devient un instrument d’injustice et d’oppression, qui va jusqu’à réduire en esclavage celui qui le possède ou qui passe toute sa vie à en vouloir plus.
Le Christ ne veut pas nous voir esclaves de l’argent. Il nous appelle à la liberté en nous laissant entendre qu’il connaît une richesse infiniment plus grande :
« des amis qui vous accueillent dans les demeurent éternelles… le bien véritable… ».

 

 « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête.»
Ces mots de Jésus sont la conclusion de la parabole du gérant habile qui précède l’évangile de ce matin. Le gérant habile, mais malhonnête, s’était montré généreux avec l’argent de son maître pour se gagner des amis qui seraient disposés à l’héberger, l’accueillir et le nourrir.

 

Ces amis dont nous parle Jésus, ce sont les pauvres que nous avons aidés et qui intercèdent pour nous.
On dit que le Royaume de Dieu, c’est le Royaume des pauvres, de ceux qui pourront témoigner de notre générosité.
Les pauvres, disait saint Augustin, sont nos transporteurs et nos porteurs : ils nous permettent de transférer, dès à présent, nos biens, dans la maison que l’on est en train de construire pour nous dans l’au-delà.

 

Jésus nous dit dans l’évangile « vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.»
Saint Léon le Grand que nous fêtons aujourd’hui le rappelait d’une certaine manière en disant : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité. Souviens-toi de quelle tête et de quel corps tu es membre. »

 

Je termine avec une prière de Saint Léon le Grand :

« Il est bien juste que nous vous rendions partout d’incessantes actions de grâces, ô mon Dieu, en immolant l’éternel Sacrifice, que le Christ, véritable Agneau et éternel Pontife, a offert, Lui seul, dans toute Sa plénitude. Nous offrons donc à Votre infinie Majesté, ô Très Miséricordieux Seigneur, le sacrifice de louange et d’actions de grâces, adorant, du plus profond de notre cœur, votre Fils coéternel, qui, à cause de nous, s’est fait petit enfant ; qui, pour nous, est né dans la pauvreté ; qui a voulu, pour nous, coucher sur la paille. Gloire à ce Dieu, Hosannah au Fils de David ! »