Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 Mars 2019 – 1er Dimanche du Carême ( Luc 4, 1-13 )
Liturgie des Heures : 1ère Semaine du Carême
Après avoir été baptisé par Jean-Baptiste et avant d’entreprendre sa vie publique, Jésus, poussé par l’Esprit, se rend dans le désert, un lieu où on est privé de tout et plongé dans le silence absolu. Il faut ajouter que c’est dans le désert aussi que des gens ont pu trouver Dieu.
On se souvient que le peuple élu, après sa sortie d’Égypte, a vécu, pendant quarante ans, dans ce lieu d’épreuve, de lutte et de choix. Avant d’entrer dans la terre promise, il a vécu les épreuves de la faim et de l’insécurité, les mêmes que Jésus.
Comme on ne peut pas assurer sa vie dans le désert, on ne peut pas s’empêcher d’avoir faim et de connaître la solitude, ce n’est pas long, à ce moment-là, que montent en nous des désirs de possession de pouvoir et de domination.
On n’a pas besoin de prendre l’avion pour s’en aller dans le désert, la vie elle-même s’en charge.
On a eu le temps d’en connaître des déserts, d’en voir. On peut penser aux déserts de l’isolement, de la peur, du désespoir, aux déserts d’un deuil pénible, d’un échec, de l’insécurité face à l’avenir. Tous ces déserts nous mettent devant notre impuissance et notre faiblesse !
Ce que saint Luc nous raconte, ce matin, comme les autres évangélistes, c’est déroutant.
On voit bien que les évangiles n’ont rien caché. Ils nous révèlent que le Fils de Dieu, le Sauveur du monde se fait connaître comme l’un de nous en vivant les mêmes tentations que nous. Lui aussi a été tenté par ce mal qui se rend attirant en se donnant de belles apparences.
Mais attention! Il ne faut pas confondre tentation et péché ; la tentation n’est pas un péché ; elle nous permet de choisir et d’exprimer notre liberté.
Dans la première tentation, le démon dit à Jésus : « ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus a faim, il a besoin de satisfaire son besoin de manger, ce qui est bien normal. Ce n’est pas ce besoin qui est la tentation.
Sa tentation, c’est d’obtenir sans aucun effort, comme par magie, une nourriture abondante.
Ensuite, le diable, à condition que Jésus l’adore, se permet de lui offrir tous les royaumes du monde.
Cette tentation est moins celle de la puissance ou de la richesse et bien plus celle de refuser de reconnaître Dieu comme le Seigneur du monde et le maître de l’histoire.
Et puis, le diable transporte Jésus au sommet du Temple et lui suggère de se jeter dans le vide.
Ce serait un spectacle extraordinaire, merveilleux. Tout le monde accourrait vers Jésus qui serait devenu une vedette.
Vous savez bien que Jésus n’a jamais utilisé ses pouvoirs pour séduire, pour attirer l’attention sur lui.
Au contraire, combien de fois a-t-il demandé à ceux qu’il venait de guérir de se taire, de garder le secret. Bien trop soucieux des autres et de leur liberté, Jésus n’a jamais fait de gestes pour attirer l’attention sur lui ou pour obliger les gens à croire.
On voit bien que, par ces tentations, le diable propose de choisir une manière de vivre qui ne correspondait pas à la volonté de son Père et d’éviter le chemin qui le conduira à la croix.
Mais Jésus n’a pas succombé à ces tentations.
Remarquez bien que Jésus a toujours répondu au diable en citant des paroles de l’Écriture.
Il connaissait bien les Écritures ; elles lui permettaient de bien discerner, d’y découvrir la lumière qui pouvait l’éclairer et de faire les choix qui correspondaient à ceux de son Père.
En s’appuyant ainsi sur les Écritures, Jésus a pu saisir sa mission.
Il pouvait comprendre que l’être humain ne vivait pas seulement de pain, que sa mission n’était pas de transformer des pierres en pain, mais de changer les cœurs de pierre en cœurs de chair.
Au diable qui veut lui donner tous les royaumes de la terre s’il l’adore, Jésus refuse de changer sa mission qui est de servir son Père et de l’adorer lui seul.
Et même si le diable, à partir des Écritures, lui assure le secours des anges, Jésus refuse de sauter en bas du Temple ; il ne fera jamais appel à la bonté du Père dans un but intéressé.
Poussé par l’Esprit, Jésus s’est rendu au désert, et là il a connu les tentations.
C’est dans la parole de Dieu qu’il a puisé une confiance inébranlable.
En commençant notre carême, n’ayons pas peur de reconnaître nos propres tentations.
Comme Jésus, puisons notre fidélité dans la parole de Dieu. Laissons les paroles d’évangile remonter dans notre mémoire et transformer nos vies. C’est l’Esprit saint lui-même qui nous les murmure à l’oreille.
Dans notre célébration de l’Eucharistie, ce matin, le ressuscité vient lui-même nous rejoindre dans nos déserts.
Sa victoire sur les tentations et sur la mort nous a ouvert le chemin que nous avons pris lors de notre baptême.
Pendant notre carême, marchons à la suite de Jésus.
