Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 janvier 2021 – Baptême du Seigneur – Marc1, 7-11
C’est quand même étonnant !
La semaine dernière on célébrait la visite des Mages, et aujourd’hui, 30 ans plus tard, le baptême de Jésus. On ne sait pas grande chose de ce qui s’est passé entre les deux. On sent que ce qui intéresse saint Marc, c’est Jésus une fois adulte, sa relation avec Dieu, sa mission, ce qu’il a été pour les hommes et les femmes de son temps.
Aujourd’hui, l’Évangile nous dit que Jésus vient au Jourdain, à l’endroit où Jean Baptiste baptisait. Il est un homme parmi les autres, il passe incognito. Est-ce que Jean Baptiste a reconnu son cousin ? Ce qu’on sait, c’est que ça pris du temps à Jean Baptiste pour reconnaître Dieu dans l’homme de Nazareth. Bien sûr, il attendait une venue, l’arrivée d’un plus puissant que lui. Pourtant, au terme de sa vie, de la prison, il enverra de ses disciples demander à Jésus : es-tu celui qui doit venir ou devrons-nous en attendre un autre ?
En bien des points, nous sommes semblables à Jean Baptiste. Nous espérons, nous vivons dans un monde qui a du mal à reconnaître Jésus, et nous-mêmes nous prenons beaucoup de temps à comprendre que Jésus seul peut combler notre espérance, que Jésus compte sur notre collaboration d’adulte pour libérer notre monde, pour continuer sa mission.
On a l’impression aujourd’hui que saint Marc vient nous rejoindre au cœur même de cette réalité. En quelques mots bien ramassés, il concentre notre regard sur Jésus.
« Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur Lui comme une colombe.
Il y eut une voix venant des cieux : « ‘est toi mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Il vit le ciel se déchirer. Pendant des siècles, les prophètes disaient : « Ah, si le ciel se déchirait », si Dieu nous revenait, s’il nous parlait, si nous pouvions revivre en sa présence.
Combien de fois, nous-mêmes, témoin de grandes souffrances, n’avons-nous pas souhaité que le ciel se déchire, que Dieu revienne et qu’il se fasse tout proche de nous ? Saint Marc nous dit que le ciel s’est déchiré pour un homme que Dieu a envoyé, pour son propre Fils, Jésus-Christ, l’Envoyé de Dieu, celui qui est sorti du ciel pour nous, celui en qui nous pouvons trouver le sens de notre existence.
« Il vit l’Esprit descendre sur lui ». L’Esprit de Dieu, c’est la force du changement, une puissance de transfiguration, une source de vie. L’Esprit de Dieu, c’est le désert qui devient jardin, l’eau morte qui devient source vive, fontaine jaillissante. L’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux dans le récit de la création se pose sur un homme, Jésus le Christ.
La terre nouvelle désormais sera la terre des hommes et des femmes qui mettent leur foi dans cet homme nouveau, qui accepte la mission de Jésus.
« Comme une colombe ! » Au temps du déluge, Noé avait envoyé une colombe, et elle était revenue lui annoncer la paix. Voilà ce que Dieu annonce en Jésus Christ :
Paix aux hommes et aux femmes de bonne volonté. C’est en lui que nous pouvons trouver la paix !
« C’est toi mon Fils, mon bien-aimé, en toi, je trouve ma joie ». Dieu prend en main la vie de son Fils. Son amour est si grand pour lui qu’il saura même transformer sa mort en vie nouvelle. En lui seront bénies toutes les races de la terre ; nous sommes fils et filles du Père avec lui, aimé comme lui est aimé.
Comme on disait dans une Préface dans le temps de Noël, « tu es tellement l’un de nous que nous devenons éternels ».
Après 30 ans de maturation, de prières, de réflexion, de méditation, Jésus se présente au baptême de Jean-Baptiste : il vient dire à son Père : « Je suis prêt, l’heure est venue, que ta volonté soit faite, je suis d’accord pour prendre la mission que tu veux me confier », et le Père lui répond : « tu es mon fils bien-aimé, en toi, je trouve ma joie. »
Aujourd’hui, jour du Baptême de Jésus, nous avons l’occasion de renouveler le sens de notre baptême en profondeur, de prendre conscience que ce qui a été déposé en germe en nous le jour de notre baptême doit s’épanouir dans une adhésion fondamentale à Dieu, réfléchie, lucide, volontaire et qui engage notre vie.
Comme Jésus, nous avons l’occasion de dire : « Père me voici, je suis prêt, je suis d’accord pour accepter la mission que tu me confies », et il nous redira les paroles de notre baptême :
« tu es mon fils, ma fille, entres dans la vie nouvelle qu’amène l’Esprit-Saint, viens pour aimer et servir mon peuple. »
