Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 Février 2019 – 5e Dimanche Ordinaire « C » ( Luc 5, 1-11 )
Liturgie des Heures : 1ère Semaine du temps Ordinaire
Le grand miracle de l’évangile n’est pas celui qu’on imagine.
Saint Luc vient de nous faire part de deux scènes bien différentes.
Dans la première, comme il y avait trop de monde qui le pressait sur le rivage, Jésus emprunte la barque de Simon, et debout dans la barque, il poursuit sa prédication. Cette première scène est toute centrée sur la prédication de Jésus.
Dans la deuxième scène, Jésus dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »
Ce sont deux scènes bien différentes, mais il y a un grand point commun entre les deux, et ce point commun, c’est la Parole.
Dans la première scène, Jésus annonce la parole de Dieu à une grande foule ; dans le deuxième, après avoir pris une quantité de poissons tellement grande que les filets se déchiraient, Jésus invite Pierre à le suivre dans sa pêche des hommes.
Pierre, Jacques et Jean seront maintenant associés à la parole de Jésus qui a produit de si grands effets : « Laissant tout, ils le suivirent. »
Il y a comme un petit quelque chose de magique dans la parole de Jésus : non seulement les gens se pressent autour de Jésus pour l’écouter, ils en demandent encore. La pêche miraculeuse pourrait bien annoncer aux disciples qu’ils auront autant de succès en continuant à proclamer la Parole à la suite de Jésus.
Comment réagissez-vous devant ces scènes merveilleuses de l’évangile ?
Devant le succès de la prédication de Jésus et devant une pêche hors du commun ?
On pourrait bien réagir en se disant : « Jésus a beaucoup de succès, tant mieux pour lui ; une pêche miraculeuse pour les Apôtres, tant mieux pour eux ! »
Une réaction comme celle-là montre qu’on ne se sent pas concerné.
On devrait plutôt se poser une question : « Qu’est-ce qui faisait que Jésus pouvait obtenir un succès pareil ? »
Pour le comprendre, il faut revenir dans la synagogue de Nazareth pour écouter Jésus lire un texte du prophète Isaïe en disant que cette parole s’accomplissait en lui : les captifs seront délivrés, les aveugles vont voir, les opprimés seront libérés et tous vivront une année de grâce.
Comment auriez-vous réagi en entendant cette prédication de Jésus ?
Je comprends que les gens se précipitent à sa rencontre pour lui amener les malades, les obsédés pour qu’il les guérisse et les libère.
La parole de Jésus était une parole qui donnait de la vie, ce qui nous amène à nous poser une question :
« Comment avoir une parole qui redonne vie ? »
Pour le comprendre, poursuivons notre lecture de l’évangile et mettons-nous dans la peau de Simon, un moment.
Il est sans doute fatigué : il vient de passer la nuit à pêcher sans succès ; fatigué quand Jésus lui demande de lui prêter sa barque pour enseigner ; fatigué quand Jésus lui dit d’avancer au large pour jeter les filets. Il avait toutes les raisons de se plaindre, mais alors il y a quelque chose de décisif qui arrive. Il dit : « Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Autrement dit : « Je sais, par expérience, que ça ne donne rien de retourner jeter les filets, surtout le jour, mais puisque tu me le demandes et que je crois en toi, je vais faire ce que tu me demandes. » On connaît la suite.
Il y a une autre réaction de Pierre qui mérite d’être soulignée : il « tomba aux genoux de Jésus, en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur.” »
Quelques jours auparavant, Pierre avait renié Jésus trois fois. En d’autres mots, il dit à Jésus :
“Moi qui a été le premier à manquer de courage, moi qui est bien loin d’être un héros, comment peux-tu me demander d’apporter une parole qui donne vie ?”
Mais, c’est peut-être justement le contraire, “parce que j’ai fait des bêtises, parce que j’ai pleuré, parce que j’ai regretté, parce que j’ai fait l’expérience de ton pardon, je peux maintenant porter une parole de vie.”
Nous savons très bien ce dont les gens ont besoin, ce qui peut leur donner la vie.
Aussi, quand nous les faisons vivre, nous poursuivons la prédication de Jésus.
On ne voit pas les résultats tout de suite. Et puis, c’est gênant de penser qu’on peut poursuivre le travail de Jésus quand on regarde la somme de nos bêtises. C’est à ce moment-là qu’on est appelé à poser un geste décisif comme Pierre, à dire comme lui :
“Puisque tu me le demandes de le faire, je vais tendre les filets même si j’ai pêché sans rien prendre, parce que je crois en toi.”
Il y a une chose qui est certaine, en acceptant de répandre la parole de vie à la manière de Jésus et des apôtres, c’est toujours nous que la parole transforme en premier.
Impossible de susciter la vie chez les autres sans entrer nous-mêmes dans la vie annoncée par Jésus.
