Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 décembre 2021 – N-D-de-Lorette – Luc 1, 26-38
J’ai décidé ce matin de prêcher sur le Magnificat que vous dites plusieurs fois par jour et que nous avions comme répons après la 1e lecture.
Je me suis inspiré du cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris. Né de parents juifs et converti à l’âge de 14 ans, il était bien placé pour commenter cette prière.
Dans son magnificat, on pourrait imaginer que Marie nous livre son état d’âme, ses confidences, son état d’esprit. Si c’est le cas, on se trompe. Si vous ouvrez votre bible où l’on trouve le Magnificat, vous verrez dans la marge plusieurs références à l’Ancien Testament : le cantique d’Anne par exemple dans Samuel, des citations sur les pauvres et les petits, sur Israël qui est relevé.
On peut donc dire que le langage du Magnificat est totalement biblique. Ça vaudrait la peine de relire ces passages et de découvrir pourquoi la Vierge Marie a retenu ces mots qui ne sont pas d’elle mais qui ont nourri sa prière. C’est elle qui parle d’une manière très personnelle et pourtant c’est la Parole de Dieu qui est sa parole.
Son langage est celui que Dieu lui-même a mis sur ses lèvres et qu’il ne cesse de mettre sur les lèvres des croyants. Cette prière est celle de Marie, et par la prière de Marie, c’est toute l’histoire d’Israël qui nous est rappelée. La prière de Marie, c’est la prière de tous les croyants qui l’ont précédée. La prière de Marie, c’est aussi le nôtre. La prière de Marie, c’est la prière de toute l’Église qui prie par ces hommes et ces femmes qui se sont succédés dans l’histoire et dont nous faisons partie.
Des générations successives de chrétiens et de chrétiennes ont repris ces mots du Magnificat des milliards de fois, y ont reçu une lumière et ont trouvé le sens de leur vie. Nous rendons grâce à Dieu pour l’appel que Marie a reçu et la grâce qui lui a été faite, à elle, pour nous.
Lorsque Marie dit ces paroles lors de sa visite chez Élisabeth, elle porte Jésus en son sein. On assiste à cet extraordinaire dialogue sans paroles des deux enfants dans le sein de leur mère, enfants-prophètes qui tressaillent de joie l’un à l’égard de l’autre. Il faut comprendre que les merveilles que chante Marie, elles lui sont d’abord données en sa chair et son cœur. Le Magnificat propose à notre méditation et à notre adoration l’incarnation dans sa condition la plus secrète et la plus fragile. Le Magnificat nous place devant la réalité charnelle, humaine du Verbe de Dieu fait homme. Dieu lui-même veut se rendre présent parmi nous en celle qui, en ce moment précis de l’histoire du salut, est « la Demeure de Dieu parmi les hommes ». Le Magnificat de Marie, c’est Marie, c’est la Parole de Dieu, c’est l’histoire d’Israël, c’est toute l’Église. Les merveilles que Dieu fait pour Marie sont les merveilles qu’il fait pour nous et pour toute l’humanité appelée à la sainteté.
La statue de Notre-Dame-de-Lorette dans votre cour veut nous dire tout ça.
La statue de la vierge dans votre cour est celle de Notre-Dame-de-Lorette. La maison de Nazareth aurait été démontée et finalement assemblée à Loreto.
La tradition raconte aussi que ce fut dans cette maison que Marie serait née, aurait reçu son éducation et grandi avec ses parents sainte Anne et saint Joachim.
La maison de Nazareth nous rappelle la vie cachée de Marie, Joseph et Jésus. Elle n’est pas sans nous rappeler l’entrée dans la petite étable, à Masson, en 1894, le berceau de la congrégation. La statue de Notre-Dame de Lorette n’est pas sans vous rappeler tous vos Nazareth, votre vie cachée comme celle de Marie, Joseph et Jésus.
