Mgr J-C. Dufour- 10 avril 2020 – Vendredi saint

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 10 avril 2020 – Vendredi saint

 

Chaque fois que je lis ou que j’entends le texte d’Isaïe sur le serviteur souffrant, je revis un événement que je vous ai raconté la première fois que j’ai célébré le vendredi saint avec vous.   Si vous vous rappelez, il s’agissait d’un jeune homme qui se voyait incroyablement dans cette lecture.  Quand je l’ai entendu, je trouvais que je n’avais jamais entendu une homélie pareille.   Il racontait toutes les peines et les tourments qu’il avait vécus.  Il se reconnaissait dans ce qu’avait vécu le Christ.  C’est le Christ que notre foi voit dans ce  serviteur souffrant,  le Christ  abandonné, condamné, supplicié et mis en mort sur une croix.   Les premiers chrétiens ont vite compris que Jésus avait été  contraint de vivre  cette réalité difficile et scandaleuse de la souffrance.

Parfois, au long des siècles,  des gens ont compris la passion de Jésus comme un encouragement à chercher la souffrance ou à la magnifier.  Pourtant, c’est tout le contraire!  Pendant toute sa vie,  Jésus a combattu la souffrance et soulagée chaque fois qu’il la voyait  au fil de ses rencontres. Qu’on pense à tous ceux et celles qu’il a soulagés de leurs souffrances et de leurs misères.

Mais, c’est vrai que le Christ n’a pas évité la douleur ou la souffrance.  Comme le disait la lettre aux Hébreux, il a été « un grand-prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché ».  Tantôt, nous approcherons du Seigneur cloué à la croix pour la vénérer.   Soyons en sûrs!  Le Seigneur comprend que nos propres croix peuvent être pénibles et même insupportables.

En commençant la lecture de l’Évangile,  nous avons dit :  « la Passion de notre Seigneur Jésus Christ ».   Si la passion signifie souvent la souffrance, l’angoisse et la mort, elle a un autre sens aussi,  tout aussi fort, une passion d’amour.  Cette passion nous révèle l’amour insondable de Jésus pour Dieu et pour nous,  un amour qui l’a guidé et animé tout au cours de sa vie.   Pas plus tard qu’hier,  en lisant l’évangile, nous avons dit :  « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout »  À un autre moment, il rappelait à ses disciples :   «  Il n’y a de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».  (Jn 15,13)  Tout au long de sa vie et jusque dans sa mort,  Jésus a accompli et incarné cette parole.  Dans cette célébration,  nous sommes appelés à reconnaître l’amour que le Christ éprouve pour chacune de nous.

« Puis, inclinant le tête, il remit l’esprit »   Plus tard, à la Pentecôte, nous comprendrons qu’il nous a remis l’Esprit Saint qui l’a aimé et qui l’a fait vivre jusque dans ses derniers moments.  Dans nos deuils, nos maladies, nos difficultés, nous pouvons croire que le Seigneur est à nos côtés,  que sa victoire sur le mal et sur la mort est pour nous source d’espérance et de vie. Il nous a remis son Esprit avec les dons de la sagesse, de  l’intelligence, du  conseil,  de la connaissance,  de la fraternité, de la force et de l’émerveillement.

C’est ainsi que,  par le même Esprit,  il nous permet d’entrer et vivre sa passion amoureuse pour Dieu et pour l’humanité.  On peut dire de Jésus qu’il fait de nous des « passionnés »,  des personnes qui vivent comme lui, qui vivent du même amour que lui pour Dieu et pour l’humanité.

 

Autres textes pour votre méditation.[1]

Aimer, disait Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. En ce sens, la passion de Jésus est l’expression suprême de son amour pour les hommes. Déjà, durant des années sur les routes de Judée et Galilée, il se donnait sans compter pour guérir et enseigner, pour être le bon pasteur.

Ainsi lorsque nous écoutons et méditons la Passion, ce n’est pas avant tout la tristesse qui monte au cœur du croyant, mais l’action de grâce. Jésus nous rouvre la porte du jardin jadis fermé, la voie vers l’arbre de vie. La tristesse et les larmes nous saisissent si notre regard s’arrête à l’échec apparent, à l’injustice qui frappe Jésus. Tandis que la conscience que le Christ Jésus réalise sous nos yeux l’œuvre de salut qu’aucun homme ne pouvait réaliser de lui-même, cette conscience nous fait chanter une action de grâce : Le Christ s’est fait, pour nous, obéissant jusqu’à la mort de la Croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté. La passion de Jésus révèle la passion d’amour de Dieu notre Père pour chacun de nous. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.

[1] Extrait d’une homélie en 2008 du Carmel de France.