Homélie Mgr J-C. Dufour – 9 Juin 2018 – Cœur immaculée de Marie – Luc 2, 41-51

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 8 Juin 2018 – Cœur immaculée de Marie 

Luc 2, 41-51 )

 

Au lendemain de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, ça s’imposait de célébrer le Cœur immaculé de Marie. Hier, saint Jean nous parlait du geste du soldat qui avait percé le côté de Jésus avec sa lance, laissant jaillir de son cœur de l’eau et du sang. Aujourd’hui, c’est le cœur de Marie qui est percée. Plus que tout autre, elle participe à la souffrance et à l’amour de son Fils venu sauver le monde.

 

C’est curieux comment un évangile qu’on a pu lire des centaines de fois nous projette à un moment donné un nouveau rayon de lumière comme s’il s’agissait d’un diamant. C’était mon cas quand j’ai commencé à préparer cette homélie.

 

Comme d’habitude, la petite famille de Jésus, Marie et Joseph s’étaient rendus à Jérusalem pour célébrer la fête de la Pâque pendant toute une semaine. Tout s’était bien déroulé. La semaine terminée, le convoi des pèlerins de Nazareth avait entrepris la longue marche du retour, 104 kilomètres. Marie et Joseph faisaient confiance à Jésus et le croyaient avec eux.

 

La joie régnait sans doute pendant leur retour. Ils s’étaient acquittés de leur obligation; Jésus venait de passer à l’âge adulte et pouvait désormais lire la Torah dans la synagogue et puis un retour à la maison après une bonne absence, c’est toujours désiré. Ils vont connaître l’épreuve, perdre Jésus. Eux qui ont toujours fait la volonté de Dieu, qui n’ont rien fait pour perdre leur fils, tout inquiets, ils doivent se mettre à sa recherche.

 

Au bout de trois jours, ils le trouvent assis au beau milieu des docteurs de la Loi. On imagine la joie qu’ils ont de le retrouver, mais c’est tout le contraire. Leur souffrance va devenir encore plus grande. Jésus est tellement à l’aise au milieu des docteurs du Temple, il semble tellement chez lui, qu’ils sont obligés de conclure que sa disparition n’était pas le résultat d’un accident ou de la malveillance d’un pèlerin, mais la décision de Jésus lui-même.

 

Alors on comprend toute la profondeur de la question de Marie.
« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant. »
Question des plus douloureuses ! Jésus avait fait exprès de demeurer à Jérusalem. Quand il leur dit :
« Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »
autrement dit, vous n’aviez pas besoin de me chercher, ils ne comprennent pas cette parole mystérieuse de Jésus.

 

Marie et Joseph savaient bien que Jésus était de Dieu ; c’était même le secret de leur foyer. C’est à ce secret que Jésus fait appel quand il leur dit :
« Ne saviez-vous pas ? »
Alors Marie et Joseph doivent se mettre en route pour un autre pèlerinage, celui de la foi. Désormais, Marie et Joseph devront aller jusqu’au bout de leur foi, accueillir la volonté de Dieu, entrer dans les affaires de Dieu et progresser dans le mystère de Jésus, ce qui conduira Marie jusqu’au pied de la croix, la même croix qu’hier.

 

On peut se reconnaître dans cet évangile. Ils sont donc déroutants les choix mystérieux de Dieu dans nos vies. Pendant un moment nous cheminons avec lui. Tout va bien, on est en paix, et s’il s’éloigne un peu, on n’est pas trop inquiet, certain de le retrouver à la halte suivante. Mais quand, à certaines heures, il disparaît, devient invisible et introuvable, il faut commencer à le chercher avec plein d’inquiétudes et des « pourquoi » qui encombrent notre cœur et notre prière.

 

On voudrait bien retenir pour nous ces moments de paix, de joie, d’épanouissement que l’Esprit Saint nous donne, mais le Seigneur intervient, et nous met, comme Marie et Joseph, sur la route d’un nouveau pèlerinage, le pèlerinage d’une foi pure qui nous donne l’accueillir la volonté de Dieu, d’entrer dans les affaires de Dieu, jusqu’à ce jour où l’Esprit Saint ne laissera en nous qu’un seul désir, qu’un seul visage, qu’une seule Parole qui s’impose à notre cœur : JÉSUS qui devient le véritable lieu de notre bonheur.