Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Juillet 2018
( Matthieu 9, 14-17 )
Ce n’est pas évident de voir des liens entre les différentes petites paraboles de l’évangile, mais le vêtement neuf et le vin nouveau, ça cadre très bien avec les noces de l’époux.
Jésus dit aux disciples de Jean Baptiste que ses disciples ne jeûnent pas parce que l’époux de la noce est là, mais il ajoute qu’un jour l’époux ne sera plus là et alors ils jeûneront. Ça nous rejoint très bien. Parfois, on ressent que Jésus est là, tout va bien, on est dans la joie, et parfois au contraire, il nous semble absent, et ça nous fait souffrir. Mais, dans les deux cas, Jésus est toujours au centre. Pour grandir dans notre vie spirituelle, on a besoin de faire l’expérience de sa présence et celle de son absence de faire l’expérience de la terre promise et du désert. À un moment où l’autre, dans notre vie spirituelle, on a besoin d’expérimenter la joie qui nous confirme, nous encourage ; à d’autres moments, on a besoin d’expérimenter le désert qui nous fait vivre la faim, le désir de la présence de l’époux, l’espérance de son retour.
« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres;… Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves. »
Remarquez bien que ce n’est pas le vin qu’il faut changer, dans les deux cas, c’est du vin nouveau, ce vin nouveau qui est le Christ. Ce sont les outres qu’il faut changer, chacun et chacune de nous. La seule raison de la venue de Jésus dans notre monde, c’est de nous changer, de faire de nous des outres neuves, de nous donner de revêtir le Christ comme un vêtement tout neuf.
Ça a toujours été le but de Dieu ; de tous les temps, il a agi pour que nous puissions retrouver notre beauté première. Ça a commencé avec la création. On devrait s’étonner de voir qu’à partir de la poussière du sol Dieu a fait de nous une beauté, une personne à son image et à sa ressemblance. Déjà, dans ce geste incroyable de notre Dieu, on peut déceler une invitation, un appel, une vocation à la beauté. Dieu a toujours voulu que nous soyons semblables à lui, que nous devenions ce que nous sommes déjà au plus profond de notre être de personne créée. C’est pour cette raison que Jésus est là, pour nous disposer à accueillir la beauté de Dieu qui sera toujours un don formidable.
On en a un bel exemple dans la Vierge Marie. Dans la prière d’ouverture tantôt, nous avons reconnu en elle « le fruit le plus beau de la rédemption », en nous poursuivrons dans la préface en la saluant comme « la reine parée de l’éclat de ses vertus, revêtue du soleil et couronnée d’étoiles. »
Comme chaque matin, nous faisons mémoire en ce moment de la mort et de la résurrection du Christ. Après avoir pris sur lui toutes nos laideurs lors de sa passion, le ressuscité du matin de Pâques est devenu l’homme le plus beau, et sa beauté, il nous l’offre. C’est pourquoi on peut affirmer que la croix est la plus grande des beautés parce qu’il y a en elle la perfection de l’amour.
Ce sont les outres neuves qui peuvent accueillir le vin nouveau. C’est nous qui sommes appelés à revêtir le Christ, à devenir le corps de son corps, le sang de son sang. Si Adam a pleuré le paradis perdu, le nouvel Adam qui est le Christ Jésus nous offre un paradis encore plus beau que le premier.
