Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 Juin 2018
( Marc 12, 18-27 )
Plus jeune, quand j’entendais l’histoire de cette femme qui avait été obligée d’épouser sept frères les uns après les autres, je trouvais que ça n’avait pas d’allure, que c’était exagéré, que ça n’avait pas de sens, pas plus que la question d’ailleurs. Si quelqu’un m’avait raconté une histoire semblable avec le même genre de question, c’est certain que je ne me serais pas embarqué dans une discussion. Jésus nous donne à réfléchir. Il ne refuse pas de dialoguer avec les sadducéens, même s’il est bien conscient qu’ils sont en train de lui tendre un piège. Il va plutôt profiter de l’occasion pour nous donner tout un enseignement.
Alors, il commence par leur dire « N’êtes-vous pas dans l’erreur, en méconnaissant les Écritures, et la puissance de Dieu ? »
Il ne leur vient pas aux oreilles que la Parole de Dieu est puissante, qu’elle est capable de beaucoup plus qu’on imagine. Pourtant le prophète Jean Baptiste le prêchait dans le désert. Un jour, voyant les pharisiens et des sadducéens venir à lui pour se présenter à son baptême, il leur avait déclaré :
« N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. » (Matthieu 3,9)
Après leur avoir reproché leur méconnaissance des Écritures, Jésus ajoute que, par voie de conséquence, ils ne connaissent pas la puissance de Dieu.
Remarquons d’abord que les sadducéens sont enfermés dans leur conviction ; il n’y a pas d’avenir pour eux. Quand ils disent à Jésus « Maître, Moïse nous a prescrit… », on sent que la porte est fermée, qu’ils refusent de s’ouvrir à la nouveauté, de croire à la résurrection. En plus, on sent dans leur histoire qu’ils mettent leur espérance dans cette vie seulement, dans une sorte de descendance obligatoire. Ils s’imaginent que ce sont les hommes qui donnent la vie en procréant. Inévitablement, ils s’orientent vers une profonde déception parce que, de toute façon, leur vie va finir par s’arrêter. Ils ne sont jamais arrivés à comprendre que la vie est un don, un don de Dieu, un don appelé à s’épanouir jusque dans l’au-delà.
Jésus saisit très bien cette situation et en profite pour amener les sadducéens plus loin. Vous remarquerez que le mot « Mais » revient deux fois dans les paroles de Jésus. C’est après ces « Mais » qu’on trouve le message fondamental de Jésus. La première fois, c’est quand il dit :
« Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, MAIS on est comme les anges dans les cieux »,
pas un retour à la vie comme Lazare qui sort de son tombeau, comme la petite fille de Jaïre que Jésus fait lever, mais une entrée dans la vie céleste, dans la vie éternelle. La deuxième fois, c’est quand il dit :
« Il n’est pas le Dieu des morts, MAIS des vivants »,
le Dieu des vivants, celui qui appelle l’homme à la vie et lui promet une vie éternelle.
Aujourd’hui, Jésus nous invite à scruter les Écritures pour mieux en saisir toute la force et ainsi mieux connaître la puissance de Dieu. La réponse qu’il donne aux sadducéens, c’est d’abord une promesse que Jésus nous fait, à nous. Laissons cette promesse retentir en nous. Accueillons-la, vivons-la et laissons grandir la Vie en nous.
