Homélie Mgr J-C. Dufour -4 Juin 2018 – Messe pour le temps des semailles – Marc 4, 26-29

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 4 Juin 2018 – Messe pour le temps des semailles

Marc 4, 26-29 )

 

En commençant sa lettre aux Romains, saint Paul leur déclare :
« Je pensais obtenir chez vous quelque fruit comme chez les autres nations païennes. »
 On sent une petite déception. Pourtant dit-il :
« Ce que l’on peut connaître de Dieu est clair… Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. »  (Romains 1,19-21)

 

Je comprends saint Paul.  Ce n’est pas croyable de constater comment la nature chez nous a changé en l’espace de deux semaines. Il y a de quoi être en admiration devant les verts les plus tendres de l’année, devant les arbres qui s’épanouissent, devant la beauté des fleurs qui jaillissent, surtout qu’on n’a rien à faire là-dedans. Ça devrait nous donner le goût de chanter « Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes »

 

L’évangile nous permet d’aller un petit peu plus loin en nous donnant l’occasion de méditer sur la façon d’agir de notre Dieu.

 

Dans la petite parabole de Jésus que saint Marc vient de nous rapporter, on peut voir deux grands moments : le temps des semailles et le temps de la récolte. Entre les deux, on sent que le semeur peut demeurer bien tranquille ; on a même l’impression qu’il n’a rien à faire : c’est la terre qui travaille, qui fait germer la semence, qui donne du fruit.

 

Quand l’homme sème, il sait bien qu’il peut faire confiance à la terre et à la force de vie que Dieu a insérée dans la semence. Il peut bien s’occuper de la terre, sarcler, aérer, arroser, mais ce n’est pas lui qui programme, seconde après seconde l’apparition de l’herbe, de l’épi, et du grain plein l’épi. C’est l’œuvre de Dieu.

 

Et tout ça ne se fait pas dans le temps qu’on voudrait, mais dans le temps de Dieu qui n’est pas le nôtre. On aurait beau s’asseoir pendant vingt-quatre heures devant le blé qui est en train de croître, on ne verrait rien pousser. Qu’on s’endorme ou qu’on se lève, peu importe le temps de la journée, la semence faire son œuvre, on ne sait pas comment.

 

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence. »
Le Règne de Dieu, c’est son emprise sur nos cœurs d’homme et de femmes, c’est notre entrée dans la vie de Dieu, c’est notre dialogue d’amitié avec lui. Mais, comme c’est le cas du semeur, tout se passe dans le temps de Dieu. Pas question pour nous de voir, de sentir, de mesurer la croissance de cette vie et de cette amitié ! C’est Dieu qui la met en œuvre, c’est Dieu qui la rythme par son Esprit Saint. D’ailleurs, vous l’avez sans doute déjà remarqué, le Royaume de Dieu, comme la semence, grandit d’une manière cachée, dans l’effacement et la modestie, mais on peut lui faire confiance, c’est Dieu qui programme la semence.

 

Ce que le Seigneur attend de nous, c’est que nous restions une bonne terre, une terre accueillante. Alors la semence qui est la parole de Jésus semée dans la terre de notre cœur devient herbe, puis épi, et enfin du grain plein l’épi, pas selon le rythme qu’on voudrait, mais selon le rythme de notre Dieu.

 

Ainsi, un jour, à l’heure que Dieu choisira, notre vie sera prête pour la moisson.