Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 30 Juin 2018
( Matthieu 8, 5-17 )
Quel homme, ce capitaine de l’armée romaine !
Un soldat, un païen que Jésus cite en exemple. Les Juifs qui étaient témoins de la scène ont dû être scandalisés. Mais Jésus avait plusieurs raisons d’écouter sa demande.
Première raison.
J’imagine que cet officier de l’armée romaine s’était déjà fait une bonne idée de ce prophète galiléen en venant supplier Jésus, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un petit, un sans-grade, un de ces hommes simples que Jésus aimait. Qu’un officier supérieur qui occupe le pays fasse preuve d’humanité, ce n’était sûrement pas courant. Il ne vient pas parler à Jésus de ses propres problèmes, mais il lui dit simplement :
« J’ai un serviteur, il est paralysé, il souffre terriblement, il va mourir. »
On est toujours accueilli par Jésus quand on lui apporte une détresse.
Deuxième raison.
C’est un homme humble, et ça aussi ça a beaucoup de prix aux yeux de Jésus. Cet homme qui commandait à cent soldats avait sans doute beaucoup d’autorité et de compétence pour exercer son métier. Estimé par les gens de la ville, il a sans doute tout un réseau de bonnes relations, mais cet homme important s’approche de Jésus un peu pour lui dire :
« Tu me ferais beaucoup d’honneur en venant chez moi, mais je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. »
Troisième raison.
Si Jésus est rempli d’admiration pour cet homme qui pense aux autres, qui est rempli d’humilité, il l’est encore bien plus en constatant la foi tranquille et audacieuse de ce soldat :
« Dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri même s’il est loin. Dis seulement une parole, et je m’en irai, parce que je suis sûr de ta bonté et de ce que tu feras. »
Avec son langage militaire, inconsciemment, l’officier romain reprend des mots qu’on trouve dans les psaumes, des mots qui expriment sa foi quand il dit :
« Moi, comme commandant, j’ai un pouvoir que personne ne conteste parce qu’il vient de plus haut. Je dis à un soldat : « Fais cette course », et il le fait. Je dis à un autre, « voici ta mission » et il l’exécute.
Les affirmations du soldat ressemblent à s’y méprendre à ces mots du psaume qui dit :
« Que la crainte du Seigneur saisisse la terre, que tremblent devant lui les habitants du monde ! Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda, et ce qu’il dit survint. » (Psaume 32,8-9)
Étonnant le centurion ! Ce qu’il savait déjà de Jésus au tout début de sa foi naissante, c’était tellement beau, tellement grand, tellement vrai qu’il n’avait pas besoin d’attendre longtemps pour s’habituer aux merveilles de Dieu. Il a couru au-devant de Jésus avec un cœur de pauvre qui pensait n’avoir aucun droit.
L’Église nous fait reprendre les mots de ce centurion romain au moment de nous approcher pour la communion.
« Dis seulement une parole et je serai guéri. »
« Je ne suis pas digne qui tu viennes sous mon toit, mais dis seulement un mot et la distance entre toi et moi va disparaître ; dis seulement un mot pour moi, un mot pour ma communauté, un mot pour mon Église qui est ici, et la vie fera de nouveau son œuvre.»
