Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 Septembre 2018 – fête du travail
( Matthieu 6, 31-34 )
« Ne vous faites donc pas tant de souci ! »
Jésus avait sans doute remarqué que les gens de son temps se faisaient bien du souci, ce qui est toujours vrai aujourd’hui. Les occasions de nous inquiéter, ce n’est pas ça qui manque. Mais quand l’inquiétude prend trop de place, elle peut facilement nous amener à laisser Dieu de côté et à agir tout seuls au risque de contaminer notre foi.
Aussi, Jésus, c’est la phrase la plus importante de l’évangile, nous invite à vérifier nos priorités :
« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice. »
Le vrai trésor de nos vies, la vraie perle que l’on cherche pour reprendre des expressions de Jésus lui-même, c’est le projet que Dieu nous révèle dans sa Parole, son plan d’amour de Dieu sur la terre. C’est ça l’essentiel, nous attacher à son plan d’amour, nous ajuster à la volonté de Dieu. Ainsi Jésus nous invite à rester fidèles à cette vocation qui est la nôtre, à ne pas nous tromper de priorités. Il dira à un moment donné :
« Là où est ton trésor; là aussi sera ton cœur. » (Mt 6,21).
Tout ce que je viens de vous dire rejoint ce que nous demandons constamment dans le Notre Père quand nous prions en disant :
« Que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
Toutes des demandes qui précèdent celle du pain quotidien.
« Ne vous faites donc pas tant de souci: ne dites pas: « Qu’allons-nous manger? » ou bien « Qu’allons-nous boire? » ou encore « Avec quoi nous habiller ? »
Dans quelques petits versets, on trouve le mot « souci » trois fois. Jésus, dans sa grande sagesse, cherche à nous libérer de toutes ces inquiétudes qui nous agressent en nous situant au cœur de notre foi et de notre espérance.
En nous priant de ne pas nous faire du souci, on comprend que Jésus nous invite à la confiance. Et il le fait en invoquant deux raisons fondamentales.
Si nous voyons Dieu comme notre Père, ça veut dire qu’on peut se remettre entre ses mains.
« Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. »
Si Dieu a pris la peine de créer les oiseaux et les lys des champs, il avait sans doute une bonne raison. On peut au moins penser qu’ils ont un rôle, une fonction à jouer dans la création, un rôle bienfaisant pour lequel ils sont indispensables.
On peut penser aux abeilles. Depuis un bon de temps on nous dit qu’elles sont en danger, et que si elles disparaissaient ce serait une catastrophe pour l’univers, plus question de fruit et de légumes.
Si les oiseaux et les lys des champs ont un rôle à jouer dans la création, c’est encore bien plus vrai pour les hommes et les femmes. Dans le récit de la Genèse, après la création de l’homme et de la femme Dieu leur demande de remplir la terre et de la soumettre (Gen 1,28). Et un peu plus loin, le même récit nous dit :
« Le Seigneur prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde. » (Gen 2,15)
Le Seigneur nous confie la terre comme on confie un jardin à un jardinier. Autrement dit, Dieu nous appelle à collaborer avec lui à son œuvre de création, à participer au développement harmonieux de cette création que nous avons reçue en partage. Ainsi chaque être humain est un collaborateur de Dieu; son travail, c’est de bien gérer les richesses que Dieu lui confie. C’est justement parce que Dieu a voulu que l’homme et la femme soient ses collaborateurs qu’on peut lui faire confiance et demeurer dans la sérénité.
« Observez comment poussent les lys des champs… Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi. » (Mt 6,28-30)
Ensuite, ça donne quoi de nous inquiéter quand on croit vraiment que Dieu, le premier, se fait du souci pour nous. Notre père nous connaît, il sait de quoi nous avons besoin « Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. »
On rejoint ainsi les autres demandes que nous faisons dans le Notre Père :
« Donne-nous notre pain de ce jour… pardonne-nous… délivre-nous du mal » des paroles de confiance absolue.
Quand Jésus nous dit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et tout cela vous sera donné par surcroît », il nous invite à nous ajuster à la volonté de Dieu, à entrer dans les vues de Dieu, à nous attacher à son projet et à tout faire pour y correspondre.
