Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 Juin 2018 ( Marc 14, 12-16.22-26 )
Dimanche : Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ « B »
Liturgie des Heures : semaine : I
À plusieurs reprises, l’Évangile nous présente Jésus en train de manger avec des amis ! On le voit se rendre aux noces de Cana ; sa mère était déjà là. Il va prendre des repas chez ses amis, Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Marie. Et, lors de son dernier repas en particulier, nous le voyons manger avec ceux qui ont partagé sa vie depuis des années, qui ont marché sur les mêmes routes. Spontanément, on imagine un repas où règne la fraternité, la bonne entente, avec un petit peu de nostalgie et le sentiment que quelque chose d’étrange se prépare.
Parfois, Jésus va prendre ses repas avec des gens qui ne sont pas les plus proches. Qu’on pense, par exemple, à Simon, le pharisien, qui n’avait pas manifesté les meilleures dispositions d’accueil, reprochant même à Jésus son attitude devant une pécheresse. On le voit aussi aller manger chez Matthieu, un publicain qui n’avait pas la meilleure des réputations. On le voit encore s’inviter chez Zachée, l’homme riche que tout le monde en ville reconnaissait comme un voleur.
Ce soir-là, lors de son dernier repas, Jésus est à table avec des pécheurs. À la grande surprise de tout le monde, il annonce qu’il y en a parmi eux qui va le trahir et les onze autres de s’exclamer : « serait-ce moi ? Seigneur ». Tous se reconnaissent capables de trahison. Judas sort pour exécuter son plan ! Pierre va renier trois fois ! Tous vont s’enfuir par peur d’être arrêtés eux aussi.
C’est donc au milieu d’une assemblée de pécheurs que Jésus se livre : « Prenez, c’est mon corps ». Au temps de Jésus, le corps n’était pas une partie de notre être, mais tout notre être, toute la personne. C’est tout mon être que je vous donne, nous dit Jésus. « Buvez, c’est mon sang ». Le sang, c’est la vie. C’est la vie de Dieu qui passe en nous, et notre vie qui se mêle à celle de Dieu. Quand je verse une goutte d’eau dans le calice, c’est pour signifier cette intimité, cette alliance incroyable. Vous essaierez d’enlever la goutte d’eau mêlée au sang du Christ. Rien à faire ! Le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, c’est le sang de la réconciliation et du pardon répandu pour l’humanité entière, pour les hommes et les femmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Pas de limite à l’amour, pas de limite au pardon, pas de limite à la vie.
Jésus nous prie de faire mémoire de cela en mémoire de lui en nous assurant de sa présence agissante de Ressuscité dans notre monde ! On sait comment sa présence agissante de ressuscité a transformé ceux qu’ils avaient choisis pour sa mission ; ils étaient des peureux, des pécheurs, des traîtres ! Ils deviendront désormais des apôtres !
Aujourd’hui, c’est encore au milieu de pécheurs que Jésus se livre et se donne !
Qui pourrait se vanter d’avoir passé la semaine qui vient de se terminer dans l’esprit des béatitudes ?
Qui pourrait faire remarquer aux autres qu’ils ont une paille dans l’œil ?
Qui pourrait pouvoir jeter la première pierre à ceux qui étaient là au dernier repas de Jésus ?
Fidèle à lui-même, Jésus continue, dans l’Eucharistie, de se faire présent au milieu des pécheurs que nous sommes.
Malgré toutes nos faiblesses, toutes nos limites, il revient nous dire :
« Prenez, c’est mon corps », je me donne entièrement à vous.
« Buvez, c’est mon sang », je fais alliance avec vous, je suis pardon et réconciliation, alliance nouvelle et éternelle.
Nous venons à la messe pour puiser au don de Dieu, pour puiser à cette force de résurrection qui a transformé les apôtres de pécheurs en témoins, de traîtres en disciples. Nous venons prier le Seigneur de nous transformer nous aussi, de faire des pécheurs que nous sommes ses témoins fidèles dans notre monde.
Lors de la fête de la Visitation, la prière après la communion nous donnait une magnifique description de l’eucharistie :
« Que ton Église te magnifie, Seigneur pour tant de merveilles ; comme Jean Baptiste a tressailli d’allégresse en discernant le Christ…, qu’elle accueille avec joie dans l’eucharistie ce même Christ, toujours vivant ! »
Comme Jean Baptiste, puissions-nous aujourd’hui, nous aussi, accueillir le Christ avec beaucoup de joie ! Aujourd’hui, comme dimanche dernier et comme dimanche prochain, il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour poursuivre notre marche avec lui jusqu’à ce jour où il nous assoira, tous ensemble, avec lui, à la table de son Royaume.
