Homélie Mgr J-C. Dufour -28 Mai 2018 – Funérailles de S. Marcelle Pelletier sjm – Jean 17, 1-6

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 28 Mai 2018 – Funérailles de S. Marcelle Pelletier, sjm.

( Jean 17, 1-6 )

 

Imaginez un moment que vous êtes aux Escoumins ou à Sault-au-Mouton et que vous contemplez le fleuve. À un moment donné, vous remarquez au large une vague plus imposante que les autres. Poussée par le vent, vous la voyez venir, pleine de pouvoir et de beauté. Quand elle s’approche du rivage et commence à toucher le fond, elle déverse toute l’eau qu’elle contient ; elle se vide jusqu’à la dernière goutte. Et puis, lentement, elle commence à se retirer pour retourner vers l’océan d’où elle venait pour se refaire à neuf et revenir. J’aime cette belle image qui nous parle de la vie de S. Marcelle.

 

Jeune fille, elle était institutrice et l’est demeurée jusqu’à ses 27 ans. Elle aimait faire du sport : ski de fond, patin de fantaisie, tennis, mais elle désirait plus.

 

Ayant pensé toute jeune encore à la vie religieuse, elle entre chez les Petites Franciscaines de Marie. Mais elle désirait encore plus. Aimant beaucoup le silence, elle désirait une vie cloîtrée, vivre d’amour et d’abandon pour glorifier Celui qui est l’Amour infini et pour le faire aimer par le plus grand nombre de personnes possibles. À 27 ans, elle entre chez les Servantes de Jésus Marie, prend l’habit quelques mois plus tard et prend le nom de Sœur Marie-de-la-Réparation.

 

S. Marcelle a gravi tous les échelons de la vie jusqu’à ses 94 ans. Comme la vague, elle a ramassé toutes les ressources dont elle disposait pour s’élever en hauteur, travaillant particulièrement comme infirmière et sacristine. Peu à peu elle s’est approchée du rivage en demeurant dix ans à l’infirmerie. Finalement, lundi soir dernier, elle s’est échue sur le rivage de l’éternité. Comme la vague qui retourne vers l’océan pour se refaire une vie neuve, S. Marcelle est retournée vers son Dieu pour y trouver une vie neuve.

 

Depuis que je suis avec vous, j’ai reçu les confidences de S. Marcelle lors de mes visites à l’infirmerie. Je retiens d’elle qu’elle était moins préoccupée par le passé et plus par l’avenir. Elle avait toujours le désir de grandir, d’aller plus loin dans sa vie spirituelle.

 

Dans sa 2e lettre à son ami Timothée, on voit que saint Paul ne se fait aucune illusion sur ce qui l’attend. Prisonnier, il sait bien que sa fin approche. Il le dit :
« Le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat… j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice. »
Et il faut bien le noter, il ajoute :
« Non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse. »
En lisant ces mots, je me disais que S. Marcelle aurait pu écrire la même chose. Elle savait bien que le moment de son départ n’était pas loin. Elle a tenu bon toute sa vie, elle est demeurée fidèle, attendant la couronne du vainqueur.

 

Et dans l’évangile, alors qu’il est en prière, Jésus disait :
« Père, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donné à faire»
J’ai révélé au monde que tu étais un Dieu d’amour ; j’ai pardonné jusqu’à scandaliser parfois, j’ai guéri des malades, j’ai remis debout des personnes écrasées par leur entourage. J’ai accompli ma mission jusqu’au bout,
« Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père. »

 

Quelle promesse dans ces deux lectures ! D’abord chez saint Paul ! Le Seigneur me remettra la couronne, mais pas seulement à moi, à tous ceux aussi qui ont désiré sa manifestation.
Ensuite chez Jésus ! Le Fils « donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés»
Ça faisait partie de la foi de S. Marcelle.

 

S. Marcelle a terminé sa mission sur la terre. Nous croyons que tout ce qu’elle a réalisé, tout ce qu’elle a donné, son travail et son amour, toute son existence de femme et de religieuse trouve maintenant son accomplissement en Dieu. Dans notre foi, nous croyons que Dieu la glorifie maintenant comme il a glorifié Jésus le matin de Pâques, qu’il va lui remettre une couronne de gloire comme il l’a fait pour saint Paul.

 

Comme la vague, S. Marcelle est retournée au Seigneur pour se refaire, grâce à Dieu, une vie neuve et permanente, une vie pour toujours et sans fin, une vie de ressuscité qu’on a bien du mal à imaginer. Mais c’est la grande promesse de Jésus accueillie par saint Paul.

 

Remercions le Seigneur d’avoir placé S. Marcelle sur notre route et prions-le maintenant de la prendre par la main pour la conduire à la place qu’il lui a préparée depuis longtemps dans son royaume d’amour et de paix.