Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 Mai 2018 ( Matthieu 28, 16-20 )
DIMANCHE FÊTE DE LA SAINTE TRINITÉ « B »
Liturgie des Heures : semaine : IV
Savez-vous combien ça pris de temps pour qu’on célèbre la fête de la Sainte Trinité dans l’Église ?
Treize siècles. Étonnant à première vue !
On ne sentait pas le besoin de faire une fête spéciale parce que la Trinité était partout : dans la Parole, dans la liturgie, dans le signe de la croix, dans les prières de la messe, dans les célébrations du baptême.
Quand on arrive à cette fête en particulier, j’ai donc peur qu’on s’enferme dans le mystère « de l’impossible à comprendre », dans le fait qu’il faut bien y croire parce que c’est un dogme. Pourtant, c’est toute autre chose.
Saint Paul vient de nous dire « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils : et c’est en lui que nous crions « Abba! » c’est-à-dire Père ! »
Ça nous permet déjà de réaliser qu’on n’est pas devant un Dieu suprême, lointain, anonyme, sans contact avec nous, mais devant un mystère d’amour, une famille d’amour qui vit une communion incroyable, une communion qui se répand jusqu’à nous. Déjà, dans la salutation au début de la messe, j’ai souhaité que l’amour infini de Dieu, que la communion de l’Esprit Saint soient avec vous. Quand le prêtre a dit sur nous, quelques jours après notre naissance, « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit », il nous disait : « je te plonge dans ce mystère d’amour qui est en Dieu ». La sainte Trinité, un mystère d’amour, le va-et-vient d’un amour qui s’épanche et se partage : trois personnes en perpétuel mouvement l’une vers l’autre, tendue vers l’autre, dans une relation d’amour.
La Sainte Trinité, c’est un Père qui aime et qui veut faire partager sa vie d’amour, soucieux de notre bonheur, de nous voir grandir, de nous sauver. C’est un Père qui, pour être le plus près possible de nous, nous donne son Fils, Dieu qui devient un être humain, qui marche à nos côtés, qui partage notre route, qui nous parle de lui, qui nous aide à parler de lui, qui nous apprend à marcher avec lui. Ce mouvement d’amour entre le Père et le Fils, c’est un mouvement qu’on nomme «Esprit Saint».
Cette communion et cette unité vécue par la Sainte Trinité nous touchent de près. C’est normal puisque nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Chacun et chacune, nous rêvons d’amour, de communion et d’unité. On n’est pas les seuls ! Notre monde rêve de la même chose, qu’on pense aux Nations Unies, aux rencontres des dirigeants de notre monde, aux négociations qu’on entreprend chaque jour à différents niveaux. On cherche la communion et l’unité entre les nations.
Malheureusement, notre monde cherche parfois à bâtir l’unité et la communion par des lois contraignantes, par la force militaire ou au moment de régime de dictature. Ça marche ! Mais ça écrase, ça brime la liberté, et ça ne fait pas grandir et ça finit par s’effondrer.
À l’inverse, on voit bien que cette unité, cette communion existe dans les familles, des groupes et des communautés. Cette communion est le fruit de l’affection mutuelle, de l’écoute, du respect de l’autre.
La fête de la Sainte Trinité vient nous interpeller. Elle nous fait voir que notre vie ne peut pas être basée sur la rigidité d’une attitude ou d’une habitude, mais qu’elle est fondamentalement un mouvement vers l’autre, un mouvement de notre cœur et de notre esprit qui nous met en route vers nos frères et nos sœurs autant que vers notre Dieu. Chaque jour, dans nos prières et dans nos gestes nous sommes confrontés au mystère de la Trinité : mystère d’unité et de diversité, d’altérité et de complémentarité, d’égalité et de différence. Le mystère de la Trinité, c’est un appel qui nous est lancé pour qu’on entre dans ce mystère d’amour, dans ce mystère de communion. Plus encore, ce mystère nous renvoie à notre vocation fondamentale, celle de faire entrer les hommes, le monde entier, dans ce mystère d’amour, comme on pouvait le voir dans l’évangile.
Prions le Père, le Fils et l’Esprit de nous donner de vivre un peu plus à leur image, de nous aider à garder la communion entre nous, de vivre comme une famille d’amour. Prions le Père, le Fils et l’Esprit de nous aider à entrer dans leur mouvement d’amour. En le faisant, nous aurons au cœur un moteur qui fera en sorte que nous aurons le goût de donner au monde ce qu’il attend de nous, la communion et l’unité.
« C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, qu’on vous reconnaîtra comme mes disciples. »
