Homélie Mgr J-C. Dufour – 24 Juin 2018 – Nativité de Jean-Baptiste « B » Luc 1, 57-66.80

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 24 Juin  2018 ( Luc 1, 57-66.80 )

Nativité de Jean-Baptiste, Patron spécial des Canadiens français « B » 

Liturgie des Heures : semaine : IV

 

« Nous chantons les merveilles que tu as accomplies pour le plus grand des enfants des hommes .»
 Ces mots de la préface introduisent bien la fête de saint Jean Baptiste.

 

Nous célébrons les fêtes des saints, toujours à la date de leur décès, mais il y en a trois qui font exception : Jésus, Marie, sa mère, Jean-Baptiste qui prépare la route du messie. Nous célébrons la fête de ces trois personnes, et elles seulement, le jour de leur naissance. C’est avec ces trois personnes que Dieu a accompli ses promesses de salut en notre faveur, ce qui fait déjà de Jean-Baptiste quelqu’un de très grand.

 

En plus, Dieu l’avait déjà choisi en envoyant son messager annoncer à Zacharie que son épouse, déjà âgée, allait mettre au monde un fils qui serait rempli de l’Esprit saint dès le ventre de sa mère, un fils qui « marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie. » (Luc 1,17) Ce jour-là, Zacharie était ressorti du Temple, muet. Dieu lui avait coupé la parole parce que lui-même n’avait pas fait confiance à la Parole de Dieu.

 

Tout s’éclaire davantage le huitième jour après sa naissance. Le « huitième jour » ! Un autre chiffre symbolique comme bien d’autres dans la Bible. Le chiffre « sept » est déjà le chiffre de la perfection. Imaginez quand on lui additionne le chiffre « un ». Aussi, pour les juifs, le chiffre « huit » est le chiffre du Messie, celui en qui va surabonder la grâce divine. Ce huitième jour vient donc nous dire que Jean-Baptiste est celui qui va annoncer quelqu’un qui est plus grand que lui, le Messie, le Sauveur du monde. Ce qui fait de lui quelqu’un d’unique.

 

Zacharie aurait sans doute désiré, comme le voulaient la coutume et la tradition, que son fils porte le même nom que lui. C’était une tradition répandue chez nous aussi. J’ai connu une famille où le plus vieux des garçons portait le même nom que son père, et ce, depuis huit générations. C’était une façon de dire « Il faudrait bien que tu poursuives l’œuvre de ton père… » Zacharie aimerait sans doute que son fils lui ressemble et retrouver en lui les projets qu’il n’a pas pu réaliser, mais Élisabeth intervient et proteste :
« Non, il s’appellera Jean. »

 

« On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là !” Zacharie se fait donner une tablette et écrit « Jean est son nom »
Il accepte que son enfant ne soit pas comme lui, qu’il ait une vocation différente, unique et singulière. Il accepte avec son épouse de s’ouvrir à une nouveauté radicale, celle que Dieu lui-même voudra bien produire à travers eux. Ils acceptent que Dieu fasse « toutes choses nouvelles » comme le dit l’Apocalypse. Non seulement Jean le Baptiste est une de ces nouveautés divines, mais en plus, il annoncera celui qui vient faire toutes choses nouvelles. Encore une manière de nous dire qu’il était le plus grand des enfants des hommes.

 

« Non, il s’appellera Jean », nom qui signifie « Dieu fait grâce »
Dieu fait grâce à Élisabeth et Zacharie en leur donnant un fils. « Tu seras dans la joie et l’allégresse », lui avait dit l’ange dans le Temple. Jean-Baptiste annoncera à son peuple que Dieu lui fait grâce en lui donnant le Messie. En Jean-Baptiste, on voit Dieu qui intervient pour ouvrir aux hommes de tous les temps un chemin de libération.

 

En nous annonçant le Sauveur, le plus grand des enfants des hommes nous appelle à la confiance, une confiance qui s’appuie sur le regard que Dieu porte sur nous. Réalisons-nous qu’ils sont aussi pour nous les mots de la première lecture et du psaume ?
« Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis »
« J’étais encore dans les entrailles de ma mère quand le Seigneur a prononcé mon nom »
« Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur »
Nous arrive-t-il d’accueillir cet élan de dignité que le Seigneur nous porte ? C’est le fondement de notre vie spirituelle, la raison profonde de notre foi. Cette foi qui est la nôtre repose elle-même sur la foi que Dieu a à notre endroit. Nous croyons en Dieu, mais il faut bien nous dire qu’il a été le premier à croire en nous.

 

À la suite de Jean-Baptiste, nous sommes appelés à la réussite du projet de Dieu qui veut le salut de tous les hommes, à préparer les chemins du Seigneur. Préparer les chemins du Seigneur, c’est enlever toutes les pierres qui font mal, aplanir les montagnes d’égoïsme, combler tous les fossés creusés par l’indifférence. Dieu a besoin de chacun de nous pour faire connaître son salut. Disons-lui notre désir d’agir à la manière du plus grand des enfants des hommes.