Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 Juillet 2018
( Matthieu 12, 13, 24-30 )
« Laissez-les pousser ensemble. »
Je ne sais pas comment vous réagissez devant une phrase pareille, mais je la trouvais bien dérangeante à première vue. Quand il y a des mauvaises herbes dans nos jardins, on s’empresse de les enlever. C’est pareil dans la vie. Nous voulons que justice soit faite et que les artisans du mal soient condamnés. On veut faire disparaître ce qui ne fait pas notre affaire. Nous avons souvent du mal à supporter les imperfections. à l’inverse, les pages de publicité cherchent à nous vendre ce qu’il y a de beau, les meilleurs ordinateurs, les meilleurs cellulaires. Dans les épiceries on ne nous présente que les légumes ou les fruits qui rencontrent certains standards, qui ne comportent aucun défaut.
Quand Jésus nous demande de ne pas arracher l’ivraie, ça ne veut pas dire qu’il faut se croiser les bras et ne rien faire. Il a toujours cherché à faire disparaître la haine, nous invitant à agir comme lui, à nous donner un cœur nouveau.
« Laissez-les pousser ensemble… n’arrachez pas l’ivraie. »
Il y a une scène dans l’Ancien Testament que j’ai toujours trouvé bien belle.
C’est cet épisode où Abraham négocie avec son Dieu qui se propose de détruire la ville de Sodome. S’il reste cent (100) justes, vas-tu détruire la ville ? Et s’il en reste cinquante (50) ? Abraham poursuit ses demandes pour finalement s’arrêter à dix (10) justes. Jésus ne s’arrête pas à dix (10) justes comme Abraham et va beaucoup plus loin, jusqu’à un.
Près du puits de Jacob, sa miséricorde transforme une femme de mauvaise réputation. Il avait vu sa soif d’eau vive.
Et puis, si Jésus avait perçu Marie-Madeleine comme de l’ivraie sur son chemin, elle ne serait jamais devenue l’apôtre des apôtres.
« N’arrachez pas l’ivraie. »
Je pense qu’il ne faut jamais cesser de regarder Jésus. Lui, le plus beau des enfants des hommes a préféré vivre avec des imparfaits, des pécheurs, des gens de mauvaise réputation. Il a toujours voulu donner leur chance à ceux et celles qu’il rencontrait : va, ne pèche plus ; va, relève-toi et marche. Combien de fois, il a affirmé être venu pour les pécheurs et non pour les biens portants.
Jésus a toujours su regarder au-delà des apparences. Il savait attirer l’attention de ses disciples sur des scènes qu’ils ne réussissaient pas à voir en profondeur, comme sur le geste de la pauvre veuve qui versait deux piécettes dans un des troncs du Temple.
Si Jésus nous révèle à nouveau son incroyable bonté, c’est qu’il veut sans doute que nous ayons le même regard que lui, un regard qui sait discerner le bien et le beau qui sont souvent bien moins visibles que le mal.
Pendant trente ans, Jésus a vécu avec sa mère, Marie, celle que nous célébrons ce matin comme la mère du bel amour. Marie est la « toute belle » parce qu’elle est sans tâche, pleine de grâce, parce qu’elle est comblée des dons de l’Esprit Saint, parce qu’elle resplendit de la gloire de son Fils.
Prions le Seigneur, ce matin, de nous donner de vivre un petit reflet de la beauté de Marie, de nous donner d’aimer vivre comme lui que nous reconnaissons toujours comme le plus beau des enfants des hommes.
