Homélie Mgr J-C. Dufour – 19 août 2018 – 20e Dimanche Ordinaire « B » Jean 6, 51-58

Homélie Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 19 août 2018 – 20e Dimanche Ordinaire « B »  ( Jean 6, 51-58 )

Liturgie des Heures : semaine : IV

 

Tout est invitation, ce matin !

 

Dans la 1ière lecture, la Sagesse, avec un « S » majuscule, a envoyé ses servantes nous inviter au banquet qu’elle a préparé en dressant la table. Elle nous incite à ne pas manquer l’invitation, à ne pas vivre comme des fous, mais comme des sages.
C’est notre vie de foi qui est là quand elle nous invite à prendre le chemin de l’intelligence.

 

Dans l’évangile, Jésus nous invite lui aussi à un banquet, et il faut le remarquer, à un banquet très dérangeant parce qu’il nous invite à manger le maître du repas.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
C’est déroutant à l’extrême au point que ses auditeurs se querellent entre eux.
Qu’est-ce que ça veut dire « manger la chair et boire le sang du Fils de l’Homme » ?
Pourquoi le verbe « manger » revient-il avec autant d’insistance, huit fois dans sept versets ?

 

Au début du 2e siècle apparaît une hérésie qu’on appelait le « Docétisme », un mot qui signifie « paraître ». Les adeptes de cette hérésie prétendaient que Jésus, Fils de Dieu, faisait semblant d’être un homme, que ses souffrances sur la croix étaient une illusion, et que, quand on dit que Dieu se fait chair, ça ne veut pas dire que Dieu s’est fait homme.
Saint Jean veut combattre cette hérésie en insistant sur la chair à manger et le sang à boire.

 

En le faisant, saint Jean évoquait clairement la mort de Jésus. Et cette mort, il l’évoquait comme l’aboutissement d’une vie donnée, une vie donnée à Dieu son Père, une vie donnée aussi aux femmes et aux hommes qu’il rencontrait sur son chemin, une vie donnée aux pauvres de toutes sortes, aux voleurs et aux prostituées, à tous ces gens identifiés comme impurs et non fréquentables. C’est pour tout ce monde-là que Jésus a eu un parti pris ; c’est pour ce monde-là qu’il est mort sur une croix. Son Père lui a donné raison en le ressuscitant pour la vie éternelle.

Pourquoi Jésus nous donne-t-il sa chair à manger et son sang à boire ?
Pour nous donner la vie. Jésus est le don de Dieu au monde, le pain vivant descendu du ciel qui se donne à nous : « chair donnée pour la vie du monde. »
Quand il nous parle de son sang à boire, Jésus nous parle de sa vie qui circule, qui fait vivre l’être humain, qui nous fait vivre. Jésus veut nous donner la vie, sa vie pour qu’on devienne ce qu’il est, qu’on soit un avec lui.
Le reconnaître, c’est la Sagesse, cette Sagesse qui a dressé la table et qui nous invite à répondre à son invitation. Dans cette Eucharistie, nous sommes les invités de Dieu.

 

Dans la 2e lecture, saint Paul nous lançait une invitation semblable : « Ne soyez donc pas insensés, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur ».
Pour saint Paul, accepter l’invitation de Jésus à un banquet hors du commun, à l’Eucharistie, c’est aussi vivre de la vie du Christ. « Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages ».

 

« Comme moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. »
Manger la chair et boire le sang de Jésus pour devenir comme lui, pour être comme lui, pour vivre comme lui, pour vivre éternellement comme lui.

 

Marcher à la suite de Jésus, ça veut dire accorder nos vies aux gestes que nous posons dans l’Eucharistie.
Ça veut dire reconnaître nos fragilités, trouver en Jésus la lumière, la paix et le pardon.
Marcher à la suite de Jésus, c’est puiser en lui la force de vivre, c’est marcher sur le chemin de l’espérance.
Marcher à la suite de Jésus, ça veut dire essayer de voir les personnes comme lui les voit, faire preuve de tolérance et de compassion, accueillir l’autre, pratiquer la charité, nous tenir solidaires les uns avec les autres, surtout avec les plus faibles.
C’est l’invitation qui nous est faite ; en l’acceptant, nous marchons sur la voie de la Sagesse.

 

Lisons les faims et les soifs de ceux et celles qui sont proches de nous.
Apportons-leur le pain qu’ils sont en droit d’attendre de nous, chrétiens et chrétiennes.
Dans l’Eucharistie, Jésus nous prie de nous ouvrir aux autres comme lui l’a fait, de devenir des donneurs d’amour comme lui.
Il sait bien qu’en le faisant, nous pouvons changer le monde.