Homélie Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 Juin 2018 – 11e Dimanche Ordinaire « B » ( Marc 4, 26-34 )
Liturgie des Heures : semaine : III
Un rameau qui devient un cèdre magnifique, un cèdre qui donne du fruit en plus, une semence qui germe et grandit, on ne sait comment, une graine de moutarde qui grandit au point que les oiseaux peuvent y faire leur nid. C’est beaucoup dire, mais c’est la Parole de Dieu qui nous dit : « Je suis le Seigneur. J’ai parlé, et je le ferai ». Ces petites paraboles ne sont pas là pour attirer notre attention sur les merveilles de la nature mais pour nous permettre de contempler l’étrange dynamique du règne de Dieu, pour nous rappeler que Dieu a ensemencé son propre Fils sur la terre de, et que ce grain de blé, mort sur une croix, a germé en Royaume, en Peuple de Dieu, en Église dont nous faisons partie.
Il faut bien retenir que l’Église n’est pas une invention d’homme, qu’elle ne continue pas à grandir parce que nous travaillons beaucoup, mais qu’elle existe et qu’elle grandit par la volonté de Dieu, par l’action de Dieu que nous sommes appelés à discerner dans nos propres vies, dans nos communautés chrétiennes, dans l’Église, et dans notre monde.
Il est clair que nous sommes aujourd’hui dans le temps de la patience, de la confiance, pas la patience fataliste qui se contente de subir les évènements, mais la patience confiante, parce que Dieu a semé, parce que Dieu fait grandir :
« Je suis le Seigneur. J’ai parlé et je le ferai. »
Si ces petites paraboles veulent nous aider à discerner l’action de Dieu dans l’Église et dans le monde, elles nous donnent l’occasion aussi de discerner l’action de Dieu dans nos propres vies et dans les personnes que nous connaissons.
Mardi dernier, vous avez voulu souligner mon 52e anniversaire d’ordination sacerdotale. Je vous en remercie. Chaque fois, ça me donne l’occasion de repenser à cette petite semence semée en moi alors que j’étais encore bien jeune, une petite semence qui a grandi et qui donne toujours l’espérance de grandir.
Lors de mon 25e anniversaire d’ordination, Mgr Ebacher m’avait écrit un petit mot qui résume bien ce que je veux vous dire :
« En cette année jubilaire, vous composerez sans doute votre Magnificat, repassant dans votre cœur votre pèlerinage de foi, d’espérance et d’amour, marchant à la suite de Jésus : l’appel mystérieux ; votre réponse généreuse, les années de ferveur du séminaire et aussi les peines de ces jours ; le moment inoubliable de l’ordination ; les premières expériences pastorales ; les consolations et les difficultés de ces jours de service, où vous avez porté le poids du jour et de la chaleur ; les défis apportés par tant de changement dans la société et dans l’Église… »
Je parle peut-être un petit trop de moi, mais j’ai la conviction que vous pouvez vous reconnaître dans ces mots, dans cette petite graine qui a été semée dans votre cœur et qui a grandi au fil des de vos années de religieuses, de croyants et de croyantes.
Il y a une quarantaine d’années, un dimanche matin, j’ai remarqué une jeune femme, seule dans l’église avec son bébé. Elle était arrivée très tôt à l’église. Je me suis approché pour lui dire :
« Il ne faut pas que tu t’énerves si ton bébé pleure, si les gens te font des gros yeux ; tu as le droit d’être ici, lui aussi ; c’est un baptisé. »
Quelques jours plus tard, je reçois d’elle une lettre pour me dire qu’elle n’avait pas mis les pieds à l’église depuis des années et que maintenant elle allait y être tous les dimanches, ce qu’elle a fait. Elle est devenue responsable de la pastorale du Baptême dans une paroisse de Montréal. Elle a mis sur pied toute une série de rencontres après baptême. C’est fort une toute petite semence ! Combien de fois, j’ai vu des personnes découvrir que ce qu’elle croyait être un tout petit talent prenait des proportions inespérées parce qu’elles découvraient qu’elles pouvaient le mettre au service de la communauté !
Les petites paraboles d’aujourd’hui nous invitent à jeter un regard d’espérance sur notre monde et sur l’Église. Je me souviens d’un texte qui venait, je crois, des évêques du Québec. Ce texte disait :
« Celui ou celle qui pose un regard pascal sur le vécu actuel de notre Église, s’il ou si elle voit une certaine Église mise au tombeau, il ou elle découvre à travers des petites pousses, une vie nouvelle en train de surgir et une expérience neuve qui jaillit au cœur même de certaines morts et pauvretés. »
Ce ne sont pas les statistiques qui nous invitent à la confiance, mais Jésus qui nous invite à la patience, à la confiance dans l’action de Dieu, dans la force de vie que Dieu a déposé lui-même au cœur de la semence. Au cours de notre célébration, redisons-lui notre espérance, notre confiance et notre foi.
